Un carré rouge qui aime le Grand Prix

Lire et pleurer

Voici des témoignages que j’ai lus sur Facebook et ailleurs depuis hier:

Le Grand Prix

Depuis que j’ai 6 ans, depuis Gilles Villeneuve, j’aime la Formule 1. Le sport lui-même. Pas la rue Crescent, pas Bernie Ecclestone. Je peux vous parler pendant des heures des règlements qui m’énervent, discuter avec passion de l’éternelle question du meilleur pilote de tous les temps, tenter vainement d’expliquer pourquoi Lewis Hamilton m’a toujours énervé.

J’ai souvent assisté au Grand Prix en personne. Ça coûte cher, mais c’est un peu une tradition familiale, qui date du temps où un oncle qui travaillait chez Labatt, alors commanditaire du Grand Prix, pouvait nous obtenir des bons billets pas trop chers. Ces privilèges ont disparu il y a longtemps, le prix des billets grimpe plus vite que celui de l’immobilier, mais, à l’occasion, un des hommes de la famille décide de plonger dans ses économies et d’inviter les deux autres. Ou l’inverse (deux en invitent un).

Le carré rouge

Je suis aussi un défenseur de la cause étudiante. Je ne suis pas d’accord avec tous les moyens de pression utilisés, mais dans l’ensemble, la position de la CLASSE me semble claire et louable. Je crois à la gratuité scolaire totale, pas seulement la gratuité scolaire « effective » que le gouvernement essaie de nous vendre. Le financement par tarif et frais plutôt que par l’impôt est un des glissements les plus tendancieux que les Libéraux ont effectué depuis leur accession au pouvoir et je pense qu’il est grand temps de s’y opposer activement.

Dans ce conflit, je suis continuellement en train de me cacher la tête dans les mains. Il y a des choses consternantes qui se disent et qui se font, des deux côtés du carré. J’ai souvent envie d’écrire à ce sujet, parce que c’est ce que je sais faire, mais je doute que ce serait très utile. Je trouve surtout que le gouvernement abuse de ses pouvoir et je n’ai toujours pas digéré la loi 78.

Un carré rouge qui aime le Grand Prix

Cette année, le Grand Prix, mon Grand Prix, est devenu un champ de bataille entre manifestants et forces policières. Fouilles aléatoires, détentions préventives, escortes policières, affrontements au centre-ville, quel gâchis. Selon les témoignages que je cite en début d’article, il est raisonnable de croire que si j’avais pris le métro avec mon billet pour la course et mon carré rouge à mon chandail, on ne m’aurait pas laissé me rendre à destination.

C’est là qu’on est rendus. Exprimer une opinion politique, de la façon la plus bénigne possible, peut restreindre notre liberté de mouvement. J’ai pas voté pour ça. Je voterai jamais pour ça. En attendant la prochaine élection, je suis en colère. Et triste.

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Les polices et leurs pantalons

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Vous avez peut-être remarqué que nos forces policières montréalaises ne portent plus l’uniforme réglementaire. Il y a quelques semaines, je marchais avec un ami qui revenait d’un long voyage et qui s’interrogeait sur la question. On assumait que c’était un moyen de pression, mais je n’en savais pas plus que lui. Alors on a décidé de s’informer à la source. On s’approche d’un constable en patrouille et pantalon camouflage. On peut à peine ouvrir la bouche qu’il nous revire de bord: « Désolé les gars, on est occupés. »

Bon. OK d’abord.

* * *

Tantôt j’attendais mon trio shawarma quand je vois un char de police qui s’arrête en face du resto. En sort une policière qui entre chez Sara, portant fièrement elle aussi des pantalons camouflage.

Une fois qu’elle est rentrée, je m’aperçois qu’elle est vraiment cute, crisse. Alors je lui demande pour les pantalons. Elle m’explique que c’est parce qu’ils sont sans contrat de travail depuis 2007. Je continue le small talk en lui demandant si c’est une consigne d’y aller pour le camouflage ou si elle pourrait choisir autre chose, mais je pense qu’elle n’a pas compris ma question parce qu’elle me dit que ça finit toujours avec les pantalons les moyens de pression. Je dis: « Donc vous avez tous une couple de pantalons d’armée que vous gardez prêts pour le temps des revendications? » Et elle sourit poliment en ne sachant pas trop quoi répondre.

Soit je la gêne soit elle me trouve épais. Peut-être un peu des deux. Ça se fait-tu demander à une police: « Quand est-ce que tu finis ton shift? » Alors je la remercie pour ses réponses et je vais payer. Quand je me retourne pour aller m’asseoir avec mon cabaret, nos regards se croisent et elle me fait un signe de tête, celui du policier en devoir communautaire.