Hier le détecteur de fumée dans ma chambre a commencé à émettre des bips réguliers. Pile à plat. J’ai sorti mon escabeau et je suis grimpé enlever la pile. Une fois redescendu, je me suis convaincu de ne pas ranger l’escabeau: « Je vais devoir remonter placer une pile neuve très bientôt » et « La vue de l’escabeau va m’aider à ne pas oublier d’acheter une pile ».

Ce matin en me réveillant j’ai dit bonjour à l’escabeau au pied de mon lit. Les paris sont ouverts: combien de jours va-t-il rester là?

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Quatre leçons de vie par le pelletage

Shoveling SnowL’hiver, il neige. Surtout depuis deux semaines. Quand il neige, il faut pelleter. Ceux qui me connaissent savent que j’aime bien chialer sur mes voisins à ce sujet.

J’habite dans un bloc assez typique, qui comprend un grand logement au rez-de-chaussée et quatre petits aux deux étages supérieurs. Ces quatre logements, dont le mien, partagent un escalier extérieur et le balcon leur donnant accès. Logiquement, la tâche du pelletage serait séparée entre les quatre locataires. Pourtant, après trois hivers, je constate que:

  1. Je suis le seul à posséder une pelle.
  2. Je suis le seul à savoir comment m’en servir.
  3. Je suis le seul qui est dérangé par les notices « SVP assurez-vous que le chemin vers votre boîte à malle est sécuritaire » que le facteur colle sur nos portes de temps en temps.

En d’autres termes, si je ne m’en occupe pas, personne ne va le faire. Peut-être que mes voisins pensent que le proprio prend ça en charge, le déneigement. Ou que je suis payé pour le faire. Lire la suite

Le bac de recyclage

Comment être productif, leçon 2

Mercredi soir. Le recyclage passe demain matin. Tu jettes un oeil vers ton bac: il n’est pas vraiment plein. Tu vis seul, alors il ne se remplit jamais complètement en une semaine. Ça te tente plus trop de sortir dehors à cette heure-là, tu allais bientôt te coucher. Ça ira à la semaine prochaine.

La semaine suivante, le bac déborde un peu. Ça fait quand même quinze jours que tu lances tes pots, boîtes et bouteilles dedans sans trop te soucier d’utiliser l’espace efficacement.  Tu vis seul, y a de la place en masse dans ton bac, que tu te dis. Tu sors de chez toi, tu t’en vas prendre une bière avec des amis. Tu remarques les bacs sur le trottoir. « Shit, faudrait que je sorte le mien. » Tu considères pendant une seconde remonter chercher le tien tout de suite. Ce serait fait. En même temps, tes amis t’attendent, tu es déjà en retard. « Je le sortirai en revenant. » Évidemment, tu reviens un peu éméché, tu ne penses au recyclage que lorsque tu vas à la salle de bain te brosser les dents avant de te coucher. Tu te dis que si tu réussis à te lever tôt, tu le sortiras demain matin. Au pire, ça ira à la semaine prochaine.

La semaine prochaine, il commence à y avoir plus de détritus qui débordent du bac qu’il y en a l’intérieur. Ça repose sur une base pas très solide non plus, vu qu’au début tu faisais juste garrocher tout ça là-dedans sans y prêter attention. Chaque fois que tu passes à côté, tu te dis: « Faudrait vraiment pas que j’oublie, cette semaine. » Jeudi matin, tu sors de chez toi acheter ton muffin quotidien. Tu remarques les bacs virés à l’envers sur le trottoir. Fuck. Ça aura pas le choix d’aller à la semaine prochaine.

Il y a de plus en plus de stock autour du bac. En fait, on ne le distingue presque plus. C’est d’abord un tas de détritus, avec un objet vert en dessous. Tu commences à trouver ça laid. On est juste lundi, mais ça t’écoeure suffisamment pour que tu t’en occupes. Tu vides le bac par terre et tu réorganises tout ça: boîtes et bouteilles bien écrasées, conserves bien imbriquées, le tout bien cordé dans le bac. Réussite! Ça t’a pris pas loin d’une heure, mais ça ressemble de nouveau à un bac. Ça déborde encore pas mal, mais tout tient. Reste seulement à ne pas l’oublier mercredi soir ou jeudi matin. Justement, tu te réveilles jeudi au son du camion de récupération sur ta rue. Il est tôt, vraiment trop tôt pour toi. Tu entends le camion se rapprocher. Tu es au chaud sous ta couette, ton chat ronronne, collé sur toi. Tu « calcules » que tu n’aurais pas le temps de te lever, t’habiller et sortir avant que le camion ne passe. Tu te rendors. Ça ira à la semaine prochaine.

Malgré ton beau ménage de la semaine suivante, les déchets ont recommencé à se répandre jusque par terre. Si tu essaies de sortir le bac dans ces conditions, tu vas en répandre partout sur ton chemin. Tu es paresseux, mais tu tiens à tes bonnes relations avec tes voisins. Donc tu sors un sac de plastique et tu y ranges tout ce qui déborde. Comme tu es un aussi un peu compulsif, tu décides qu’il n’y aura que du verre et du plastique dans le sac. Pas de papier. Tu enlèves donc quelques bouteilles de ton bac bien rangé pour les transférer dans le sac et faire de la place pour le nouveau carton. Résultat de l’opération: un bac et un sac bien remplis, sans débordement. Tu n’es pas peu fier. Et comme on est mercredi soir, tu sors tout ça à la rue. Tu regardes les autres bacs: mal cordés, débordants, pleins de trucs pas recyclables. Tu te demandes si les recycleurs admirent secrètement ton bac.

Tu te dis aussi que ça serait moins compliqué si tu le sortais plus régulièrement. Ça ira à la semaine prochaine.

Comment être productif, leçon 1

Tu t’installes à ton ordinateur. Tu démarres tes logiciels de travail. Comme tu as besoin d’information pour travailler, ton fureteur fait partie de ceux-ci. Avant de commencer, tu fais un petit tour sur Facebook, question de voir ce que font tes amis qui n’en sont pas vraiment. Pas grand chose de nouveau dans le News Feed, tu vas voir le Live Feed. Ça donne un bon entraînement à la scrollwheel de ta souris. Tiens, une amie d’amie a une nouvelle photo de profil: tu lui donnes un Like et un petit commentaire coquin. Elle va peut-être laisser son chum bientôt, tu veux signaler ta présence. Y a aussi ta ferme dans Farmville qui a besoin d’un peu d’entretien.

Bon. Ça va faire le niaisage, tu te mets au travail.

Mais avant de commencer, tu démarres le download de la saison 2 de In Treatment, en te disant que ce sera ta récompense quand tu auras fini. Mais comme ça rentre assez vite, tu te permets de prendre un petit break et de regarder le premier épisode quand son téléchargement se termine. (Tu as pris soin d’accorder la priorité aux premiers épisodes dans ton logiciel BitTorrent.) Puis tant qu’à en regarder un, pourquoi pas un autre?

Beaucoup plus tard, tu te réveilles un peu en sursaut. Tu as chaud, parce que tu t’es endormi habillé sous les couvertures. L’épisode 9 d’In Treatment est en train de jouer sur ton laptop qui tient tant bien que mal sur tes cuisses. Tu as faim, parce que tu n’as pas soupé. Tu regardes ta montre: « Fuck, 4h00 du matin? ». Tu te déshabilles et tu fermes la lumière.

Tu te réveilles le lendemain vers 13h00. Tu as encore plus faim. Peut-être même un peu mal à la tête, comme tu n’as pas soupé la veille. Tu déjeunes rapidement, prends deux Advil LiquiGel et retournes te coucher, le temps que la migraine se calme. Si tu es chanceux, tu te réveilles avant le coucher du soleil, prêt à commencer une nouvelle journée, que tu te promets productive, cette fois-ci.

Le levier et la roue

J’ai un ami (c’est pas moi, je le jure) qui explique ainsi pourquoi il n’aide pas les autres à déménager:

Un jour, l’homme a découvert un principe fantastique: le levier. Fait que moi, je force pas.

Quand je vois des gens courir, je pense toujours à cette autre fabuleuse invention humaine: la roue. Se déplacer à pied, on devrait réserver ça pour quand on n’est pas pressé. S’il faut aller vite, prenons un vélo. C’est le moyen de transport qui offre le meilleur rapport entre la dépense d’énergie et la distance parcourue. La preuve: moi-même, qui suis loin d’être en forme, peux battre le meilleur coureur au monde sur la distance d’un marathon, tant qu’on me laisse utiliser mon vélo, qui vaut lui-même moins cher que les souliers portés par le marathonien. Et je pourrai repartir sans problème, alors que le coureur sera au bout de ses forces et aura mal partout. La course, c’est violent pour le corps.

Marathon de Montréal 2009

Ce matin, les marathoniens passaient à côté de chez moi. Je les ai regardés un peu. Mais j’étais incapable de les applaudir. Je n’ai pas vu un seul sourire. Tout ce que j’ai vu, c’est de la souffrance. Comme je suis un peu masochiste moi-même, je peux comprendre. Compatir, même. (Vous auriez dû me voir grimacer en les regardant.) Mais admirer? Applaudir? Franchement, non.

Gaspillage

Vous le savez, j’aime parler frigo. Plus spécifiquement, j’aime parler de pas-de-frigo. Je pense que pas-de-frigo est le nouveau pas-de-télé. Le genre de truc qu’on peut plugger facilement dans une conversation et qui donne l’air frais. Alors j’étais presque content quand mon frigo s’est mis à ne plus fonctionner un peu avant les Fêtes.

Petit à petit il se réchauffait, les signes s’accumulaient: du lait suspicieux, du fromage qui vire bleu un peu trop vite et, cerise sur le sundae, la glace dans le congélateur qui devient de la vulgaire eau. À cette étape-là, j’ai commencé à me servir du congélateur comme frigo. Je me trouvais ben smatte. Mais la déchéance s’est poursuivie et bientôt le lait caillait même dans le congélateur.

J’ai commencé par utiliser mon bon vieux truc de la glacière sur le balcon. (Vive l’hiver!) Mais janvier a été assez froid cette année. Mon frigo de fortune était plus un congélateur de fortune. Pas très pratique quand vient le temps de se verser le jus d’orange du matin. Et puis ouvrir la porte du balcon plusieurs fois par jour quand il fait -20° dehors, c’est plus ou moins tentant. Survient donc cet éclair de génie:

Le cadre de fenêtre comme frigo

Le cadre de fenêtre comme frigo

Alors là, j’étais pas peu fier. D’abord, le cadre de fenêtre offre une température à la fois plus proche du convoité 3°C et beaucoup plus stable d’un jour à l’autre que la glacière à l’extérieur. Ensuite, les aliments sont beaucoup plus accessibles: juste à ouvrir la fenêtre intérieure, prendre ce qu’on veut et la refermer. Enfin, il y a beaucoup moins de froid qui entre dans la maison avec ce système. C’est win-win-win, comme disent les Marocains.

J’ai toughé comme ça pas loin d’un mois, jusqu’à ce que je me rende compte que la garantie de mon frigo réusiné échouait dans la semaine. Je suis paresseux, mais pas à ce point-là quand même. R.V. Dupuis a honoré sa garantie de façon exemplaire. Je ne saurais suffisamment les recommander. Le lendemain de mon appel, un technicien se présentait chez moi et constatait que c’était pas réparable sur place. L’après-midi même, on m’apportait un frigo de courtoisie pendant qu’on amenait le mien à l’atelier, où son trépas fut confirmé. J’ai choisi son remplaçant parmi la flotte d’appareils reconditionés de R.V. et on me livrait le lendemain.

Depuis quelques jours, ce nouveau (vieux) réfrigérateur ronronne tranquillement dans ma cuisine. Mais je ne peux m’empêcher d’observer un paradoxe: il fait froid dehors, alors je chauffe en-dedans, mais mes aliments ont besoin de fraîcheur alors je refroidis l’intérieur du frigo. N’y aurait-il pas moyen d’être plus efficace et d’utiliser pour nos aliments, en hiver du moins, cette ressource très abondante au Québec qu’est le froid?