All My Friends

Je n’ai pas d’auto, je ne conduis pas souvent. Quand je le fais, c’est sur l’autoroute, hors de la ville. Le plaisir est plus grand avec de la musique.

Je rentrais chez moi, c’était le début de la nuit. Quand il fait clair, j’écoute du rock. Quand il fait noir, de l’électronique. J’ai branché mon iPod Touch dans la prise AUX, fouillé un peu, trouvé We Are Rockstars, pesé Play, puis Genius.

Y avait pas de trop de trafic. Genius (merci Steve!) faisait la job: le beat était gros, gras et sale. Après le dernier punch d’un truc vraiment dansant, un piano timide, mal accordé, pas sur le rythme, se fait entendre:

Je soupire à voix haute. C’est comme si après avoir vu Usain Bolt gagner un 100m, je regardais un enfant qui tient à peine debout et qui essaie d’avancer mais qui tombe. C’est triste et attendrissant.

Je soupire aussi parce que je reconnais très bien cette chanson: All My Friends, par LCD Soundsystem. C’est un crescendo de presque 8 minutes. Ça commence avec cette petite mélodie fragile, puis les pistes s’ajoutent, les instruments se placent un par un, et à la toute fin, quand James Murphy pousse « Where are your friends tonight? Where are your friends tonight? », tout est parfait. Même le piano désaccordé du début.

Et comme si ce n’était pas assez, toute la tension accumulée durant le crescendo est relâchée dans la note finale, jouée à l’unisson. Ce point d’orgue me fait toujours verser une larme. C’est pareil aujourd’hui, alors que la 15 rejoint la 117 à St-Jérôme.

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Battle of the Blades ou la rédemption de Claude Lemieux

Si vous n’êtes pas fan du Canadien, des Devils ou de l’Avalanche, auquel cas il a aidé votre équipe à gagner la coupe Stanley, vous connaissez Claude Lemieux comme un agitateur et un spécialiste des coups bas. Comme l’homme qui a détruit la figure de Kris Draper et qui est recherché mort ou vif à Detroit depuis l’incident. Après avoir échoué dans sa tentative de retour au jeu l’année dernière, Lemieux a profité cet automne de la série télé Battle of the Blades pour redorer son image.

Battle of the Blades, c’est une télé-réalité de patinage artistique jumelant d’ex-patineuses de compétition à des hockeyeurs professionnels à la retraite; un So You Think You Can Dance que les gars peuvent regarder sans se cacher, puisque Tie Domi et Bob Probert y participent. Les hockeyeurs se convertissent plus ou moins bien à la danse sur glace; Lemieux est un de ceux qui y démontrent le plus d’intérêt et d’aptitude. On le voit murmurer les paroles des chansons pendant qu’il patine en chemise de satin, les yeux dans les yeux avec sa partenaire Shae-Lynn Bourne.

Il a achevé sa rédemption lors de la soirée dédiée à la musique canadienne. Non seulement son équipe a choisi de patiner au son d’Hallelujah de Leonard Cohen, Lemieux a décidé d’enregistrer sa propre interprétation de la chanson. Ça donne ceci:

Symptômes

Les guides de diagnostic utilisent habituellement une formule du genre: « Le patient exhibe au moins X des Y symptômes suivants » suivi d’une liste de symptômes puis de l’avertissement « Ces symptômes ne peuvent pas être expliqués par les Z raisons suivantes » et d’une autre liste.

Depuis quelques mois, je ne vais pas très bien. À l’occasion, je me permets un auto-diagnostic. Je compte mes symptômes, je vérifie qu’il y en assez et que je ne suis pas devenu toxicomane dernièrement. C’est le fun quand mon score baisse.

Mais j’ai aussi découvert une autre liste de symptômes, plus personnelle. Ce sont les signes qui me disent que je vais bien, que je vais mieux. Ce sont des envies, des gestes qui disparaissent complètement quand je ne vais pas bien et qui reviennent sans crier gare.

Tout à l’heure j’avais un petit creux et j’ai eu envie de manger une pomme. Je la croque en ce moment. Quand je ne vais pas bien, je ne mange pas de fruits. J’en achète, parce que je sais que ce serait bon pour moi d’en manger. Mais ils pourrissent tranquillement pendant que je mange des chips et des toasts au beurre de pinottes.

Les gens me conseillent: « L’activité physique, c’est bon pour les gens dans ta situation, ils l’ont dit à la radio l’autre jour. » Je pense qu’ils inversent la relation de cause à effet. Ce n’est pas parce que je fais du sport que je vais aller mieux. C’est parce que je vais mieux que je fais du sport. En tous cas, c’est comme ça pour la pomme. Quand j’en ai envie, c’est que je vais déjà mieux.

Le symptôme le plus évident de mon bonheur, c’est la musique. L’envie d’en faire, d’en écouter. Quand je ne vais pas bien, je vis dans le silence. En ce moment j’écoute Sans Pression. Shit’s real.

Voilà l’été

Je ne suis pas du genre à me rappeler des dates importantes tout seul. En fait, c’est que je sais rarement quel jour du mois on est. Tantôt j’étais sur mon balcon en train de rénover mon Muxtape et je trouvais qu’il faisait clair vraiment tard. Je me suis dit que c’était parce qu’on approchait du solstice d’été. Puis j’ai regardé la date et je me suis rendu compte qu’on ne s’en approchait plus et que c’était en fait aujourd’hui. Alors même si c’est seulement un concours de circonstances, je vais prétendre que mon nouveau Muxtape a été pensé comme une célébration de l’arrivée de la belle saison:

C’est un mix à tendance électronique avec un seul but: vous faire danser. C’est probablement mieux si vous en avez déjà envie quand vous le partez, parce que ça démarre pas mal sur les chapeaux de roues et le piton reste collé pour un bout. Pas trop de build up ici: à vous de vous réchauffer avec 2 ou 3 de vos party favorites.

The Flight of the Conchords

The Flight of the Conchords, c’est un duo de musiciens humoristiques de la Nouvelle-Zélande. Ils se sont surtout fait connaître grâce à une série télé diffusée sur HBO l’année dernière.

La série raconte les déboires du groupe alors qu’il tente de percer à New York. Les personnages sont tous un peu des lovable losers, les intrigues sont délicieusement ténues, les accents sont à couper au couteau et deux ou trois fois par épisode, en plein milieu de l’action, Bret et Jemaine commencent à chanter, puis la musique démarre et on se retrouve dans un mini-clip ayant rapport avec le thème de l’épisode, comme par exemple ce Business Time qui est presque une adaptation chantée d’un de mes textes. C’est un humour décalé auquel il est difficile de rendre justice par écrit.

Je me permets de regarder un épisode par semaine (un seul, je veux faire durer le plaisir!) et à chaque fois il y a au moins un moment où je ris à gorge déployée et je me tape les cuisses, tout seul dans mon salon. J’aime quand on sait me faire rire ainsi.

Dans le dernier épisode que j’ai vu, le duo est pris au milieu d’une race war avec l’Indien qui tient l’étal de fruits et légumes au bas de leur immeuble et qui refuse de leur vendre des fruits, parce qu’il « don’t want any trouble with your kind ». Vers le milieu de l’épisode, après 2 ou 3 altercations, Bret décide de confronter le marchand:

-I’m not going anywhere ’till I get a Red Delicious and a banana.

Le marchand s’empare de son épluche-fruits, et la suite est ici:

Je ne sais pas si c’est possible d’apprécier un extrait comme ça hors contexte, mais il y a beaucoup de choses qui viennent me rejoindre et me faire rire là-dedans. D’abord, j’aime la chanson grivoise. J’aime quand on parle de cul, ou quand on ose placer des gros mots. Par contre, quand c’est mur à mur et sans esprit, comme trop souvent dans la musique hip hop, ça m’ennuie. Manifestement, ça ennuie aussi The Flight of the Conchords.

J’adore comment ils émulent les suspensions pneumatiques des chars de pimps sur leurs vieux vélos. J’aime comment ils transforment juste un peu les mots pour ne pas se faire beeper. Mais par-dessus tout, je ne peux pas résister au 2e couplet, celui du petit barbu Bret qui « oublie » petit à petit d’utiliser les variantes acceptables et cause un festival de beep. Et la finale de ce festival me fait m’écrouler de rire à chaque fois.

Merci à Catherine de m’avoir fait découvrir ces délicieux kiwis.

Girl

Bon. Il faut pas se laisser abattre dans la vie. Alors je l’ai fait quand même, avec un jour de retard:

C’est offert en toute humilité. (En fait, je suis mort de honte.) J’ai laissé toutes mes fausses notes. Et vous allez vite comprendre que je ne suis pas un chanteur.

Je la dédie à toutes les filles que j’ai aimées… avant.

La corde brisée

Il est passé minuit. Je suis encore au bureau.

J’ai un dernier truc à finir, et ça fait un bon six heures que j’avance par courtes bribes entrecoupées de beaucoup de perte de temps: un peu de Facebook, pas mal de hockey sur table, un post qui me rend un peu triste, suivi d’une écoute à répétition de Here de Pavement, la toune officielle des peines d’amour. Des larmes pendant quelques minutes. Aussi, une longue conversation par écrit avec une amie, à propos des moves que je devrais faire ou pas dans mes lamentables histoires de coeur (qu’il faut dire vite: c’r).

Puis on raccroche, et j’ai besoin d’une autre distraction, alors je vais chercher ma guitare, et je commence à gratter. (Le bureau sert aussi de studio maison.) Les accords de « Girl » des Beatles, qu’on joue souvent. Mon chanteur n’est pas là, alors je chante moi-même, comme je le peux. Et comme toujours quand je joue cette toune, je pense à elle.

Alors je décide de l’enregistrer, avec moi à la voix, aussi mauvais que ça puisse l’être. Si c’est pas trop pire, je lui donnerai en cadeau. Je me lève pour aller plugger le studio (ça aussi, faut le dire vite: un Mac, un micro, une petite console), sans arrêter de gratter. Et ping! Une corde pète.

Ça surprend toujours. Et ça coupe un élan créatif, parce que c’est long, remplacer des cordes de guitare. Et le plus souvent, je ne dispose même pas de cordes de rechange.

Mais là, c’est encore pire. Je reste immobile un bon cinq minutes. Woah, dit mon Keanu intérieur. C’est un signe, c’est certain. Mais quel signe? Qu’il est l’heure d’aller me coucher, ou que je dois oublier cette fille?