Les copains d’abord

Je sors des Co-pains d’abord. Je m’y suis arrêté pour acheter mon lunch, en route vers chez Luc. Je suis toujours un peu sur mes gardes quand je suis dans ce coin-là. Mon ex demeure pas loin. On n’est pas en chicane, mais on ne se parle plus. Mais aujourd’hui j’oublie de penser à elle.

Je débarre un Bixi et je m’installe au guidon. Les bonnes instances ne m’aimeraient pas: non seulement je ne porte pas le casque, mais une de mes deux mains est occupée à tenir un café au lait. Ne pas en renverser, ne pas me brûler, ne pas en renverser, ne pas me brûler. Je suis un véritable poster child de la sécurité à vélo.

Ça ne m’empêche pas de regarder un peu autour de moi. Je suis sur Mont-Royal, il y a des filles. Justement il y en a une grande mince là-bas qui s’approche sur une rue transversale. Elle porte un petit top jaune, léger, joli. Elle respire l’été.

Mon regard revient sur elle. Je la distingue mieux maintenant. Ah oui, elle est quand même cute. Oh fuck, c’est mon ex. Elle voit que je la regarde, elle m’a reconnu. Panique.

Je lui souris, je lui fais un signe de la tête. Elle fait de même. Je suis déjà rendu pas mal loin. J’ai la tête qui regarde plus derrière que devant. Ne pas en renverser, ne pas me brûler, ne pas en renverser, ne pas me brûler.

Je me retourne en avant et je continue à rouler.

Les polices et leurs pantalons

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Vous avez peut-être remarqué que nos forces policières montréalaises ne portent plus l’uniforme réglementaire. Il y a quelques semaines, je marchais avec un ami qui revenait d’un long voyage et qui s’interrogeait sur la question. On assumait que c’était un moyen de pression, mais je n’en savais pas plus que lui. Alors on a décidé de s’informer à la source. On s’approche d’un constable en patrouille et pantalon camouflage. On peut à peine ouvrir la bouche qu’il nous revire de bord: « Désolé les gars, on est occupés. »

Bon. OK d’abord.

* * *

Tantôt j’attendais mon trio shawarma quand je vois un char de police qui s’arrête en face du resto. En sort une policière qui entre chez Sara, portant fièrement elle aussi des pantalons camouflage.

Une fois qu’elle est rentrée, je m’aperçois qu’elle est vraiment cute, crisse. Alors je lui demande pour les pantalons. Elle m’explique que c’est parce qu’ils sont sans contrat de travail depuis 2007. Je continue le small talk en lui demandant si c’est une consigne d’y aller pour le camouflage ou si elle pourrait choisir autre chose, mais je pense qu’elle n’a pas compris ma question parce qu’elle me dit que ça finit toujours avec les pantalons les moyens de pression. Je dis: « Donc vous avez tous une couple de pantalons d’armée que vous gardez prêts pour le temps des revendications? » Et elle sourit poliment en ne sachant pas trop quoi répondre.

Soit je la gêne soit elle me trouve épais. Peut-être un peu des deux. Ça se fait-tu demander à une police: « Quand est-ce que tu finis ton shift? » Alors je la remercie pour ses réponses et je vais payer. Quand je me retourne pour aller m’asseoir avec mon cabaret, nos regards se croisent et elle me fait un signe de tête, celui du policier en devoir communautaire.

Naughty girls need love too

Est-ce qu’une fille peut se permettre de coucher avec un gars dès la première date? La sagesse populaire dit que ce n’est pas une bonne idée, parce que la fille va passer pour une « fille facile » et que le gars va se pousser dès qu’il aura eu son nananne. Cette pauvre femme ne trouvera jamais un homme pour l’aimer vraiment. Mes contre-arguments:

Si c’est ce genre de gars, il va se pousser de toute façon dès qu’il aura épinglé sa cible à son tableau de chasse, que ce soit après une ou trois dates. Autant régler ça le plus tôt possible plutôt que d’essayer de transformer artificiellement une baise d’un soir en idylle, non?

Mais le plus important, c’est qu’en agissant stratégiquement, selon ce qu’elle conçoit plutôt que selon ce qu’elle ressent, la fille qui se refuse ce plaisir s’empêche de démarrer une relation du bon pied. Si tu es une jouisseuse qui aime le sexe, tu as besoin d’être aimée par un gars qui aime ce trait en toi. En le cachant dès le début, tu empêches peut-être le bon gars pour toi de t’aimer et tu encourages peut-être le mauvais à s’amouracher.

Il n’y a pas d’intérêt à cacher sa vraie nature dans une histoire d’amour. Elle sortira au grand jour tôt ou tard, et c’est préférable de s’aimer pour ce qu’on est vraiment que pour ce qu’on pense que l’autre voudrait qu’on soit. En fait, c’est la seule façon d’être heureux en amour.

Anacyclique

Ça se passe hier, au lancement de cuL. C’est au Cégep du Vieux-Montréal dans une salle multi-usages attenante à la cafétéria. Le lancement lui-même est aussi multi-usages. En plus des apprentis bédéistes barbus, de charmants étudiants plein de pep hep hep jouent un acte de théâtre, dansent ou encore lisent des textes de leur cru. Il y a aussi de la bière pas chère, et un petit buffet, mais on n’a pas le droit de sortir du local avec nos verres et nos assiettes, alors on est pris pour se parler à voix basse pour ne pas nuire au spectacle.

Un moment, je m’éloigne de notre conversation et je commence à observer en rêvassant. Je m’arrête à la fille qui joue le rôle de bouncer. C’est elle qui m’a dit que je n’ai pas le droit de sortir avec ma bière. Ça semble être l’essentiel de son travail: se tenir debout dans le cadre de porte, et rappeller aux gens de laisser leur drink en dedans. Crisse de job poche, que je me dis.

Puis je me rends compte qu’en plus d’avoir une job poche, elle est quand même assez cute. Grande, brune, lunettes, piercings, un petit genre rebelle qui transparaît même au travers de l’uniforme d’employé du cégep. Mon genre, quoi. Je devrais aller lui parler, peut-être que c’est pas une étudiante, que je me dis. (Parce que si c’est une étudiante au cégep, malgré tout ce que j’en dis, je vais la trouver un peu jeune.) Comme je suis déjà rendu à ma troisième bière, je le fais.

On parle de sa job poche, puis de ses études (au cégep, damn!), puis de ce que je fais là. Je lui dis que je viens pour mon ami cuL qui a suivi l’atelier de BD de Jimmy Beaulieu. J’explique que cuL, c’est un nom d’artiste: son prénom inversé. Elle dit: « Ah oui, un palindrome. » Et avant que j’aie le temps de la corriger, elle ajoute: « Ah non, un palindrome c’est pas ça, c’est quand c’est le même mot à l’endroit et à l’envers. » J’approuve sa correction et j’offre mon exemple classique de palindrome. Alors elle m’explique que le terme qu’elle cherchait c’était plutôt « anacyclique ». Puis nous cherchons d’autres palindromes, en vain. Enfin je la quitte poliment, parce que bon, je la trouve un peu jeune.

En y repensant aujourd’hui, je me dis trois choses:

  1. Le système d’éducation québécois n’est peut-être pas si pire que ça, finalement.
  2. Aborder une inconnue, ça crée souvent des ces petits moments délicieusement étranges. Je devrais le faire plus souvent.
  3. Une fille qui m’apprend un nouveau mot, peu importe son âge, mérite une petite place dans le vaste univers de mon désir.

Girl

Bon. Il faut pas se laisser abattre dans la vie. Alors je l’ai fait quand même, avec un jour de retard:

C’est offert en toute humilité. (En fait, je suis mort de honte.) J’ai laissé toutes mes fausses notes. Et vous allez vite comprendre que je ne suis pas un chanteur.

Je la dédie à toutes les filles que j’ai aimées… avant.

La corde brisée

Il est passé minuit. Je suis encore au bureau.

J’ai un dernier truc à finir, et ça fait un bon six heures que j’avance par courtes bribes entrecoupées de beaucoup de perte de temps: un peu de Facebook, pas mal de hockey sur table, un post qui me rend un peu triste, suivi d’une écoute à répétition de Here de Pavement, la toune officielle des peines d’amour. Des larmes pendant quelques minutes. Aussi, une longue conversation par écrit avec une amie, à propos des moves que je devrais faire ou pas dans mes lamentables histoires de coeur (qu’il faut dire vite: c’r).

Puis on raccroche, et j’ai besoin d’une autre distraction, alors je vais chercher ma guitare, et je commence à gratter. (Le bureau sert aussi de studio maison.) Les accords de « Girl » des Beatles, qu’on joue souvent. Mon chanteur n’est pas là, alors je chante moi-même, comme je le peux. Et comme toujours quand je joue cette toune, je pense à elle.

Alors je décide de l’enregistrer, avec moi à la voix, aussi mauvais que ça puisse l’être. Si c’est pas trop pire, je lui donnerai en cadeau. Je me lève pour aller plugger le studio (ça aussi, faut le dire vite: un Mac, un micro, une petite console), sans arrêter de gratter. Et ping! Une corde pète.

Ça surprend toujours. Et ça coupe un élan créatif, parce que c’est long, remplacer des cordes de guitare. Et le plus souvent, je ne dispose même pas de cordes de rechange.

Mais là, c’est encore pire. Je reste immobile un bon cinq minutes. Woah, dit mon Keanu intérieur. C’est un signe, c’est certain. Mais quel signe? Qu’il est l’heure d’aller me coucher, ou que je dois oublier cette fille?