BlueTooth

Y a rien qui tue le sex appeal et l’attirance que je commence à éprouver pour une fille aussi rapidement que quand elle se retourne et que je vois un headset BlueTooth planté dans son oreille.

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Ils arrivent en ville

red light, paris

Je sors de la pharmacie et je me dirige vers chez moi. Elle est devant moi, pas si loin. Faut dire qu’elle marche vraiment lentement. Et assez mal, même en talons plats. Elle n’est pas (encore) mannequin, c’est clair. À moins que ce soit son plaisir coupable? Quand elle ne travaille pas, elle se permet de marcher comme une truie.

Toujours est-il que c’est pas long que je la rattrape, avec l’aide d’un feu rouge. Nous attendons la lumière verte un à côté de l’autre. Je me demande si je peux utiliser une de mes lignes de lime à ongles auxquelles j’ai pensé tantôt. On est déjà à quelques coins de rue de la pharmacie, je décide que ça me donnerait l’air un peu creep.

Je l’observe un peu moins discrètement. Elle ne me voit pas du tout, trop occupée à regarder un peu partout autour d’elle. Elle a l’air à la fois émerveillée et hébétée. J’avais peut-être raison quand je pensais qu’elle débarquait en ville. Ou alors elle est gelée. Ça se drogue pas mal, dans ce métier-là, j’ai entendu dire. À moins qu’elle soit vraiment désespérée de ne pas trouver de lime à ongles en diamants. Je songe à lui indiquer qu’il y a un Pharmaprix 5-6 coins de rue plus loin. Je pourrais même me proposer pour l’accompagner jusque là. Devenir son guide touristique personnel pour l’après-midi, lui faire découvrir les bas fonds de la métropole. Puis la découvrir de ses bas-culottes et de tout le reste. Mais encore là, si je demeure dans le thème pharmaceutique, elle va se demander d’où je sors ça.

Je suis en train de réfléchir à tout ça quand son regard décide enfin de se fixer. Pas sur moi, heureusement (y a rien qui me paralyserait autant que ça), mais plutôt sur quelque chose ou quelqu’un derrière moi. Elle semble vraiment fascinée. Je me retourne pour voir ce qui peut l’intriguer autant. Je ne vois rien de spécial. Ah, y a un Noir qui attend l’autobus. Peut-être que c’est la première fois qu’elle en voit un « dans la vraie vie »? Ça appuierait ma thèse de l’ingénue qui débarque tout juste de son village lointain.

Je ramène mon attention vers elle. Elle fixe toujours derrière moi. J’ose:

– Est-ce que ça va? T’as l’air vraiment fascinée par quelque chose…
– Oui, ça va. Je regardais lui.

Elle pointe le Noir de la tête. Je suis fort. Elle continue:

– Il a l’air un peu perdu, je pense qu’il a besoin d’aide.
– Ah oui, t’as raison, il cherche quelque chose sur une carte.

Ah, je suis pas si fort, finalement. Et je m’embourbe, dès maintenant.

– Je devrais peut-être aller l’aider.
– Ben oui! Est-ce que tu connais bien la ville?
– Oui, je la connais bien. Pas toi?

Je travaille fort pour empêcher que cette conversation se termine si vite. Mais la lumière tourne au vert.

– Bon ben je vais te laisser aller l’aider. Bonne journée!

Et elle traverse la rue. Moi j’ai pas le choix d’aller voir l’autre perdu. Je me suis habilement fait flusher. Bien joué, petite.

Les diamants

Lime à onglesJe suis chez Jean Coutu. J’attends en file près de l’enseigne « Donnez » du comptoir du pharmacien. Je n’ai que ma prescription à donner, puisque le bon Jean m’a déjà dépanné (un terme d’industrie, apparemment) la semaine dernière alors que je ne la trouvais plus. Ce ne sera pas bien long.

Une employée approche, suivie d’une grande brune qui attire tout de suite mon attention. Elles se dirigent vers une section à côté de moi. J’observe et j’écoute, discrètement. L’employée lui présente les différentes limes à ongles disponibles.

– En avez-vous aux diamants?

Elle me donne l’impression d’être mannequin. Peut-être aspirante mannequin, parce qu’elle marche très mal. Elle vient sans doute de débarquer en ville, pour réaliser son rêve. Elle est très grande, très mince, très jeune et très belle. Aussi, sa peau est parfaite, même sous les néons blêmes d’une pharmacie. Ça me tente de lui demander si ils mettent des vrais diamants dans sa lime à ongles favorite. Et combien elle coûte, tiens.

– Non, on n’en a pas des comme ça. Peut-être que tu pourrais aller voir à l’autre?
– Ah non, j’en arrive de l’autre. Ça fait déjà trois que je fais, j’arrive pas à en trouver.

Tiens, elle est geignarde. Ça fitte avec le profil mannequin. Elle a aussi un côté dégingandé, presque maladroit. On dirait qu’elle a grandi trop vite. Et son visage n’est pas parfait. Il y a un petit défaut, que je n’arrive pas à identifier, mais qui accroche l’oeil. C’est en plein le genre de visages qu’ils recherchent dans ce métier. Ça me tente de lui demander si c’est tellement meilleur avec des diamants que ça mérite un tel magasinage.

Mais c’est à mon tour de parler au pharmacien. Et une fois que j’ai donné mon bout de papier, elle est déjà partie.

Les polices et leurs pantalons

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Vous avez peut-être remarqué que nos forces policières montréalaises ne portent plus l’uniforme réglementaire. Il y a quelques semaines, je marchais avec un ami qui revenait d’un long voyage et qui s’interrogeait sur la question. On assumait que c’était un moyen de pression, mais je n’en savais pas plus que lui. Alors on a décidé de s’informer à la source. On s’approche d’un constable en patrouille et pantalon camouflage. On peut à peine ouvrir la bouche qu’il nous revire de bord: « Désolé les gars, on est occupés. »

Bon. OK d’abord.

* * *

Tantôt j’attendais mon trio shawarma quand je vois un char de police qui s’arrête en face du resto. En sort une policière qui entre chez Sara, portant fièrement elle aussi des pantalons camouflage.

Une fois qu’elle est rentrée, je m’aperçois qu’elle est vraiment cute, crisse. Alors je lui demande pour les pantalons. Elle m’explique que c’est parce qu’ils sont sans contrat de travail depuis 2007. Je continue le small talk en lui demandant si c’est une consigne d’y aller pour le camouflage ou si elle pourrait choisir autre chose, mais je pense qu’elle n’a pas compris ma question parce qu’elle me dit que ça finit toujours avec les pantalons les moyens de pression. Je dis: « Donc vous avez tous une couple de pantalons d’armée que vous gardez prêts pour le temps des revendications? » Et elle sourit poliment en ne sachant pas trop quoi répondre.

Soit je la gêne soit elle me trouve épais. Peut-être un peu des deux. Ça se fait-tu demander à une police: « Quand est-ce que tu finis ton shift? » Alors je la remercie pour ses réponses et je vais payer. Quand je me retourne pour aller m’asseoir avec mon cabaret, nos regards se croisent et elle me fait un signe de tête, celui du policier en devoir communautaire.

Anacyclique

Ça se passe hier, au lancement de cuL. C’est au Cégep du Vieux-Montréal dans une salle multi-usages attenante à la cafétéria. Le lancement lui-même est aussi multi-usages. En plus des apprentis bédéistes barbus, de charmants étudiants plein de pep hep hep jouent un acte de théâtre, dansent ou encore lisent des textes de leur cru. Il y a aussi de la bière pas chère, et un petit buffet, mais on n’a pas le droit de sortir du local avec nos verres et nos assiettes, alors on est pris pour se parler à voix basse pour ne pas nuire au spectacle.

Un moment, je m’éloigne de notre conversation et je commence à observer en rêvassant. Je m’arrête à la fille qui joue le rôle de bouncer. C’est elle qui m’a dit que je n’ai pas le droit de sortir avec ma bière. Ça semble être l’essentiel de son travail: se tenir debout dans le cadre de porte, et rappeller aux gens de laisser leur drink en dedans. Crisse de job poche, que je me dis.

Puis je me rends compte qu’en plus d’avoir une job poche, elle est quand même assez cute. Grande, brune, lunettes, piercings, un petit genre rebelle qui transparaît même au travers de l’uniforme d’employé du cégep. Mon genre, quoi. Je devrais aller lui parler, peut-être que c’est pas une étudiante, que je me dis. (Parce que si c’est une étudiante au cégep, malgré tout ce que j’en dis, je vais la trouver un peu jeune.) Comme je suis déjà rendu à ma troisième bière, je le fais.

On parle de sa job poche, puis de ses études (au cégep, damn!), puis de ce que je fais là. Je lui dis que je viens pour mon ami cuL qui a suivi l’atelier de BD de Jimmy Beaulieu. J’explique que cuL, c’est un nom d’artiste: son prénom inversé. Elle dit: « Ah oui, un palindrome. » Et avant que j’aie le temps de la corriger, elle ajoute: « Ah non, un palindrome c’est pas ça, c’est quand c’est le même mot à l’endroit et à l’envers. » J’approuve sa correction et j’offre mon exemple classique de palindrome. Alors elle m’explique que le terme qu’elle cherchait c’était plutôt « anacyclique ». Puis nous cherchons d’autres palindromes, en vain. Enfin je la quitte poliment, parce que bon, je la trouve un peu jeune.

En y repensant aujourd’hui, je me dis trois choses:

  1. Le système d’éducation québécois n’est peut-être pas si pire que ça, finalement.
  2. Aborder une inconnue, ça crée souvent des ces petits moments délicieusement étranges. Je devrais le faire plus souvent.
  3. Une fille qui m’apprend un nouveau mot, peu importe son âge, mérite une petite place dans le vaste univers de mon désir.

Résolution 2008 #3: mon désir est plus important que le sien

Je remarque un pattern dans mes histoires de coeur (coeur, faut le dire vite): je m’intéresse aux filles qui me donnent l’impression de s’intéresser à moi. Je passe mon temps à me poser des questions sur leur sentiments à elles, à analyser chaque geste pour savoir s’il s’agit d’un signe, chaque mot pour savoir s’il s’adresse à moi, chaque post de blog pour savoir s’il ne parlerait pas de moi.

Je pense que ça vaut pas de la marde.

D’abord, je confonds tous les types d’intérêts en un seul. Si une fille que je trouve cute me jase un peu, ça y est, je commence à penser qu’elle a un kick sur moi. Ensuite je complique tout, ce qui m’empêche d’avoir des relations amicales avec des filles que je trouve cutes. Certains diront que c’est normal, qu’il n’y a plus d’amitié possible quand il y a du désir. Ils ont sans doute raison.

Ça m’amène à ce qui est vraiment mauvais dans mon pattern. En me concentrant sur les hypothèses autour du désir de l’autre, je refuse d’écouter le mien, de le définir, de le sentir, de le vivre. En plaçant l’autre au centre de l’histoire, en l’investissant du pouvoir suprême (« M’aime-t-elle ou non? Me trouve-t-elle cute ou non? »), je me condamne à être le spectateur de ma propre vie sexuelle.

Alors ma 3e résolution 2008, c’est d’arrêter ça. Comme ça va tellement bien avec les deux autres, on peut dire que je me condamne à me condamner. Ce qui vaut pas plus de la marde.