Un dimanche matin

Chez Claudette (detail)Dimanche matin, 8h00. Je sors acheter un café et un muffin au marché Laurier.

Il y a une proportion impressionnante de motos dans la rue.

Déjà des gens qui déjeunent à La petite marche. Une seule table, des filles. Vu de l’autre côté de la rue, y en a une qui a l’air pas mal. C’est peut-être juste la jupe rouge.

Je croise le waiter de chez Claudette (me rappelle jamais de son nom) qui termine son shift de nuit. On se salue.

Au marché, les muffins sont encore chauds et les thermos à café, pleins. Ça me fait tout drôle. Sylvain, le gars des fruits et légumes, est en train de faire la rotation. Je suis heureux de voir qu’il en retire un peu aussi. Une des filles des cuisines (la blonde: Lysanne?) s’approche de Sylvain, elle transporte un immense cul-de-poule:

– Sylvain! Qu’est-ce tu fais là?
– Lysanne! Qu’est-ce tu fais là?

Ils se racontent la même histoire: je pourrai pas travailler tel jour de semaine, j’ai fait un switch avec un autre. La blonde remplit son cul-de-poule de légumes. Elle clenche. Les deux continuent de se taquiner:

– Si j’avais un magasin, je t’engagerais, je pense.
– Moi aussi si j’avais un magasin, je t’engagerais. T’es divertissant, Sylvain. Parfois…

Finalement, je prends une viennoiserie choco-noisettes au lieu d’un muffin. La caissière (la pas fine) est surprise quand elle regarde dans mon sac. J’imite son geste, dans une tentative de rapprochement: « Surprise, je prends pas le spécial! » Elle répond: « Non, c’est parce que c’est pas le spécial comme d’habitude. » Tentative ratée.

Je reviens par l’autre côté de St-Denis. Y a effectivement juste une tablée de bruncheurs. Est-ce qu’on peut les appeler comme ça si tôt? La fille à la jupe rouge a des belles jambes, mais j’arrive de dos. Il va falloir que je me retourne pour voir son visage. Pourquoi je tiens toujours à voir le visage? Pourquoi ne pas me satisfaire de ce qui m’est offert? En plus, il y a un gars, que j’avais pas vu à mon premier passage. Il me fait face, donc il va me voir me retourner. Et je suis rendu à leur hauteur et damn ils sont vraiment jeunes. Des ados. Je me retourne pas.

Sur St-Joseph, je croise Simon, le cook de Chez Claudette. J’imagine qu’il termine son shift de nuit lui aussi. On se salue.

Devant chez moi, une fille boit son café sur le balcon du rez-de-chaussée. La porte est ouverte, y a des cônes piqués au petit chantier pas loin devant chez nous, pour demander aux gens de ne pas se stationner là, parce qu’il y aura déménagement.

Je traverse, la salue et engage la conversation. Ils étaient locataires, mais ils ont acheté, d’où le déménagement. J’étais convaincu qu’il n’y avait que des condos de l’autre côté de la rue. Elle me confirme qu’à part cet immeuble, j’ai raison. C’est tout l’inverse de mon côté de rue, où il n’y a que des loyers, sauf dans un immeuble transformé en condos. C’est le même Italien qui est proprio de tout le côté de la rue ou presque. On se dit qu’il ferait un gros tas d’argent s’il vendait. Son logement est pas encore loué, elle peut me donner les coordonnées de la proprio si ça m’intéresse. Ça m’intéresse pas, mais je m’informe. Un grand 5 1/2. Elle ne veut pas me dire le loyer qu’elle payait, mais elle s’attend à ce que la proprio augmente à 1400$. Le monde sont malades.

Je lui souhaite bon courage pour son déménagement et je monte chez moi, où mon chat m’accueille en héros.

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Une fin et un début

J’ai commencé à écrire ici un peu pour défier ma blonde. Je racontais des histoires de désirs aléatoires, un peu violents et surtout dirigés vers d’autres filles qu’elle. Des histoires pour provoquer une discussion avec elle que je n’étais pas capable d’entamer autrement.

Je ne l’ai jamais envoyée directement ici. Je faisais quelques allusions au fait que j’avais commencé à m’occuper de mon blog plus régulièrement. J’ai laissé un ou deux commentaires qui ramenaient ici sur le blog d’une de ses amies, que je savais qu’elle lisait. J’utilisais mon surnom Internet le plus habituel, qu’elle trouverait tout de suite si elle cherchait. Je n’ai jamais su si elle lisait ce que j’écrivais ici ou non. Je ne le sais toujours pas.

Je l’ai quittée il y a presque quatre mois. Au début je me suis senti très mal de lui infliger tant de peine. Je dormais (mal) un peu partout, et j’étais maladivement obsédé par l’objet de mon désir. Je me suis rendu malade.

Puis un ami m’a prêté un logement, et j’ai retrouvé un semblant de stabilité. Même si c’était loin, je pouvais rentrer « chez moi ». Par contre, je savais dès le début qu’il s’agissait d’une solution temporaire, et les trois mois que j’ai passés là-bas forment un interlude un peu irréel. J’ai retrouvé quasi instantanément une énergie perdue depuis longtemps. Je me suis remis à boire, à sortir, à aller voir des spectacles, à cruiser et à découvrir de la musique. Je me suis mis à écrire. Et durant ce temps, je ne pensais presque jamais à (feue) ma blonde.

Il y a deux semaines, j’ai emménagé dans mon nouvel appartement. Il est juste à moi, il n’est pas loin, il est à mon goût. J’ai un poêle et un frigo. Je suis enfin de retour dans mes meubles, mes objets, mon lit. J’avais très hâte de dormir dans mon lit. Mais quand je me suis couché pour la première nuit dans mon nouvel appart, je me suis rendu compte que même si j’en suis le propriétaire, ce n’est pas mon lit, c’est (c’était) le nôtre. Ma mémoire physique m’a tout de suite rappelé que j’avais toujours dormi dans ce lit à côté d’elle, et qu’elle n’y était plus.

J’imagine qu’elle a senti les mêmes manques durant les trois mois où elle vivait seule dans ce qui étaient notre appartement, nos meubles. Peut-être que le lieu et les objets lui disent encore que je ne suis plus là, elle n’a pas la chance d’avoir déménagé (le mal de place).

Pour moi, cette sensation d’absence dans mon lit m’a fait réaliser que l’interlude était terminé. Je ne suis plus en vacances de moi-même. Je ne suis plus un squatter en banlieue. Je suis chez moi. Et je suis seul.

Les boîtes de déménagement

Je déménage dans deux semaines et j’ai besoin de boîtes. Sauf que je ne suis pas capable d’en demander. Chaque fois que je vais à l’épicerie, j’y pense et ça me gêne, et je me dis que je pourrai toujours en demander la prochaine fois. Ça va durer comme ça jusqu’à ce que ce soit urgent. Et alors je vais en manquer, et je vais devoir en acheter. Acheter des boîtes. Je suis loser de même.

Après mon évaluation à l’urgence psychiatrique au début de l’automne, on m’a conseillé l’hôpital de jour. J’y ai pris rendez-vous, et quelques semaines plus tard un psychiatre un peu bonasse m’accueillait, flanqué d’une infirmière et d’une stagiaire. Moi j’étais flanqué de mon frère, qui allait plus tard me révéler que la stagiaire avait passé tout l’entretien à faire des doodles sur son pad.

Le psy me pointe une citation d’Einstein sur le mur de son bureau: « We can’t solve problems by using the same kind of thinking we used when we created them. » et avant même que j’aie pu placer un mot, il m’explique que la psychanalyse, c’est pas bon pour les « borderline » comme moi qui sont déjà très accaparés par leur propre esprit. Ça crée un feedback loop de réflexion qui souvent empire les choses.

Non, ce que ça me prend, c’est l’entraînement aux habiletés psychosociales de Marsha Linehan, un traitement de type dialectique, où le but n’est pas de comprendre, mais de se placer dans l’action avec une série de gestes apparemment anodins, mais qui viennent petit à petit à faire tilter notre cerveau. Il me donne cet exemple: aller dans une fromagerie, demander à goûter deux ou trois fromages et partir sans rien acheter. Ça me semble attirant. C’est vrai que ce me ferait changement du divan.

Normalement, c’est un programme qui se donne en six semaines, durant lesquelles le patient (c’est moi, ça!) doit être à l’hôpital tous les jours (d’où le nom « hôpital de jour », duh). Comme j’ai maintenant un boulot, et que je vais déjà beaucoup mieux que lorsque j’étais entré à l’urgence, le bon docteur me donne le petit guide, et me dit: « Vous êtes un garçon brillant, vous êtes capable de le faire par vous-mêmes. »

C’est là qu’il se trompait. J’ai lu tout le guide en me disant souvent « Ah oui, c’est intéressant, faudrait que j’essaie ça », mais je n’ai rien fait. Je ne suis pas allé dans le food court d’un centre d’achats pour demander un verre d’eau, le boire et m’en aller. Pas plus tard que samedi soir, j’étais dans un bar, et j’étais gêné de demander seulement un verre d’eau, alors j’ai pris un shooter de vodka en plus.

Si je suis trop gêné pour demander des boîtes vides à l’épicerie, je me demande comment je vais arriver à l’inviter prendre un verre.

Quelques conseils de déménagement

Maintenant que la saison haute est terminée, laissez-moi vous livrer quelques leçons apprises à mes dépens.

Si vous engagez des déménageurs professionnels, vous n’aurez pas à:

  • Louer un camion
  • Quêter l’aide de vos amis
  • Payer de la bière et de la pizza
  • Forcer comme un boeuf vous-même

Ça vaut quand même son pesant de boîtes. Par contre, n’oubliez pas (comme moi) qu’il faut apparemment tipper ses déménageurs et les fournir en eau et autres délicatesses.