Les copains d’abord

Je sors des Co-pains d’abord. Je m’y suis arrêté pour acheter mon lunch, en route vers chez Luc. Je suis toujours un peu sur mes gardes quand je suis dans ce coin-là. Mon ex demeure pas loin. On n’est pas en chicane, mais on ne se parle plus. Mais aujourd’hui j’oublie de penser à elle.

Je débarre un Bixi et je m’installe au guidon. Les bonnes instances ne m’aimeraient pas: non seulement je ne porte pas le casque, mais une de mes deux mains est occupée à tenir un café au lait. Ne pas en renverser, ne pas me brûler, ne pas en renverser, ne pas me brûler. Je suis un véritable poster child de la sécurité à vélo.

Ça ne m’empêche pas de regarder un peu autour de moi. Je suis sur Mont-Royal, il y a des filles. Justement il y en a une grande mince là-bas qui s’approche sur une rue transversale. Elle porte un petit top jaune, léger, joli. Elle respire l’été.

Mon regard revient sur elle. Je la distingue mieux maintenant. Ah oui, elle est quand même cute. Oh fuck, c’est mon ex. Elle voit que je la regarde, elle m’a reconnu. Panique.

Je lui souris, je lui fais un signe de la tête. Elle fait de même. Je suis déjà rendu pas mal loin. J’ai la tête qui regarde plus derrière que devant. Ne pas en renverser, ne pas me brûler, ne pas en renverser, ne pas me brûler.

Je me retourne en avant et je continue à rouler.

Gaspillage

Vous le savez, j’aime parler frigo. Plus spécifiquement, j’aime parler de pas-de-frigo. Je pense que pas-de-frigo est le nouveau pas-de-télé. Le genre de truc qu’on peut plugger facilement dans une conversation et qui donne l’air frais. Alors j’étais presque content quand mon frigo s’est mis à ne plus fonctionner un peu avant les Fêtes.

Petit à petit il se réchauffait, les signes s’accumulaient: du lait suspicieux, du fromage qui vire bleu un peu trop vite et, cerise sur le sundae, la glace dans le congélateur qui devient de la vulgaire eau. À cette étape-là, j’ai commencé à me servir du congélateur comme frigo. Je me trouvais ben smatte. Mais la déchéance s’est poursuivie et bientôt le lait caillait même dans le congélateur.

J’ai commencé par utiliser mon bon vieux truc de la glacière sur le balcon. (Vive l’hiver!) Mais janvier a été assez froid cette année. Mon frigo de fortune était plus un congélateur de fortune. Pas très pratique quand vient le temps de se verser le jus d’orange du matin. Et puis ouvrir la porte du balcon plusieurs fois par jour quand il fait -20° dehors, c’est plus ou moins tentant. Survient donc cet éclair de génie:

Le cadre de fenêtre comme frigo

Le cadre de fenêtre comme frigo

Alors là, j’étais pas peu fier. D’abord, le cadre de fenêtre offre une température à la fois plus proche du convoité 3°C et beaucoup plus stable d’un jour à l’autre que la glacière à l’extérieur. Ensuite, les aliments sont beaucoup plus accessibles: juste à ouvrir la fenêtre intérieure, prendre ce qu’on veut et la refermer. Enfin, il y a beaucoup moins de froid qui entre dans la maison avec ce système. C’est win-win-win, comme disent les Marocains.

J’ai toughé comme ça pas loin d’un mois, jusqu’à ce que je me rende compte que la garantie de mon frigo réusiné échouait dans la semaine. Je suis paresseux, mais pas à ce point-là quand même. R.V. Dupuis a honoré sa garantie de façon exemplaire. Je ne saurais suffisamment les recommander. Le lendemain de mon appel, un technicien se présentait chez moi et constatait que c’était pas réparable sur place. L’après-midi même, on m’apportait un frigo de courtoisie pendant qu’on amenait le mien à l’atelier, où son trépas fut confirmé. J’ai choisi son remplaçant parmi la flotte d’appareils reconditionés de R.V. et on me livrait le lendemain.

Depuis quelques jours, ce nouveau (vieux) réfrigérateur ronronne tranquillement dans ma cuisine. Mais je ne peux m’empêcher d’observer un paradoxe: il fait froid dehors, alors je chauffe en-dedans, mais mes aliments ont besoin de fraîcheur alors je refroidis l’intérieur du frigo. N’y aurait-il pas moyen d’être plus efficace et d’utiliser pour nos aliments, en hiver du moins, cette ressource très abondante au Québec qu’est le froid?

Le dernier croissant aux amandes

Tout à l’heure au Kouign Amann j’ai acheté le dernier croissant aux amandes de la journée. Comme la gentille et jolie préposée allait le chercher dans l’armoire, une femme entre, se dirige vers l’armoire aussi, et regarde ma gâterie se faire emballer et laisser un grand vide. Son regard alterne entre l’employée et moi, comme si en nous regardant intensément tous les deux, un nouveau croissant apparaîtra.

Une pensée m’effleure, une envie, un réflexe de galanterie. Et si je lui donnais mon croissant? Mais je me retiens, et je suis fier de moi. C’est un tout petit geste d’affirmation, mais j’ai besoin de poser ces gestes plus souvent. Après tout, j’étais là avant elle.

Évidemment, elle n’était ni grande ni brune, sinon c’aurait été une autre histoire.

Le petit écolier extraordinaire!

Le petit écolier extraordinaire!Une boîte de biscuits Lu m’a fait de l’oeil tantôt à l’épicerie. C’était des Petit écolier aux noisettes, mais la boîte mentionnait fièrement qu’ils étaient NEW! NOUVEAU! et qu’ils contenaient 2X the hazelnuts/plus de noisettes. En plus de ça, sous le nom du biscuit était ajouté le mot « extraordinaire! » en police cursive. La totale, quoi.

Moi, ils m’avaient à « NOUVEAU! ». Je suis un sucker pour les nouveaux produits. Donc je les achète. Après souper, j’ouvre le paquet, et, horreur, je découvre qu’il n’y a que huit biscuits dans la boîte au lieu des douzes qu’on y trouve habituellement. Extraordinaire? Chiche, oui!

Tablette de chocolat plus épaisseEt puis je remarque deux lignes de plus sur l’emballage, en tout petit caractères, qui m’avaient échappées:

THICKER LAYER OF CHOCOLATE
TABLETTE DE CHOCOLAT PLUS ÉPAISSE

Si Lu n’est pas plus fière que ça de donner plus de chocolat par biscuit, c’est qu’elle sait bien qu’elle est en train de nous en passer une petite vite. Ces deux lignes minuscules sonnent plus comme une excuse qu’une fierté.

Justifier sa paresse

Je n’ai pas de frigo. J’ai une glacière sur le balcon. Je n’ai pas de poêle. J’ai un wok électrique et un micro-ondes. Et je n’ai pas de vaisselle (ou presque).

Dimanche matin j’avais envie de pain doré. (Je l’aurais fait dans le wok.) J’ai calculé que j’allais devoir acheter du lait, des oeufs, du pain, de la cannelle et du sirop d’érable. Seulement le sirop et la cannelle survivraient à ce déjeuner. Seulement le sirop d’érable survivrait à mon déménagement imminent. Ça regardait donc pour 5 à 8 piasses d’aliments qui allaient servir juste à un repas puis se retrouver aux vidanges.

Je suis allé au restaurant.