Les diamants

Lime à onglesJe suis chez Jean Coutu. J’attends en file près de l’enseigne « Donnez » du comptoir du pharmacien. Je n’ai que ma prescription à donner, puisque le bon Jean m’a déjà dépanné (un terme d’industrie, apparemment) la semaine dernière alors que je ne la trouvais plus. Ce ne sera pas bien long.

Une employée approche, suivie d’une grande brune qui attire tout de suite mon attention. Elles se dirigent vers une section à côté de moi. J’observe et j’écoute, discrètement. L’employée lui présente les différentes limes à ongles disponibles.

– En avez-vous aux diamants?

Elle me donne l’impression d’être mannequin. Peut-être aspirante mannequin, parce qu’elle marche très mal. Elle vient sans doute de débarquer en ville, pour réaliser son rêve. Elle est très grande, très mince, très jeune et très belle. Aussi, sa peau est parfaite, même sous les néons blêmes d’une pharmacie. Ça me tente de lui demander si ils mettent des vrais diamants dans sa lime à ongles favorite. Et combien elle coûte, tiens.

– Non, on n’en a pas des comme ça. Peut-être que tu pourrais aller voir à l’autre?
– Ah non, j’en arrive de l’autre. Ça fait déjà trois que je fais, j’arrive pas à en trouver.

Tiens, elle est geignarde. Ça fitte avec le profil mannequin. Elle a aussi un côté dégingandé, presque maladroit. On dirait qu’elle a grandi trop vite. Et son visage n’est pas parfait. Il y a un petit défaut, que je n’arrive pas à identifier, mais qui accroche l’oeil. C’est en plein le genre de visages qu’ils recherchent dans ce métier. Ça me tente de lui demander si c’est tellement meilleur avec des diamants que ça mérite un tel magasinage.

Mais c’est à mon tour de parler au pharmacien. Et une fois que j’ai donné mon bout de papier, elle est déjà partie.

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Anacyclique

Ça se passe hier, au lancement de cuL. C’est au Cégep du Vieux-Montréal dans une salle multi-usages attenante à la cafétéria. Le lancement lui-même est aussi multi-usages. En plus des apprentis bédéistes barbus, de charmants étudiants plein de pep hep hep jouent un acte de théâtre, dansent ou encore lisent des textes de leur cru. Il y a aussi de la bière pas chère, et un petit buffet, mais on n’a pas le droit de sortir du local avec nos verres et nos assiettes, alors on est pris pour se parler à voix basse pour ne pas nuire au spectacle.

Un moment, je m’éloigne de notre conversation et je commence à observer en rêvassant. Je m’arrête à la fille qui joue le rôle de bouncer. C’est elle qui m’a dit que je n’ai pas le droit de sortir avec ma bière. Ça semble être l’essentiel de son travail: se tenir debout dans le cadre de porte, et rappeller aux gens de laisser leur drink en dedans. Crisse de job poche, que je me dis.

Puis je me rends compte qu’en plus d’avoir une job poche, elle est quand même assez cute. Grande, brune, lunettes, piercings, un petit genre rebelle qui transparaît même au travers de l’uniforme d’employé du cégep. Mon genre, quoi. Je devrais aller lui parler, peut-être que c’est pas une étudiante, que je me dis. (Parce que si c’est une étudiante au cégep, malgré tout ce que j’en dis, je vais la trouver un peu jeune.) Comme je suis déjà rendu à ma troisième bière, je le fais.

On parle de sa job poche, puis de ses études (au cégep, damn!), puis de ce que je fais là. Je lui dis que je viens pour mon ami cuL qui a suivi l’atelier de BD de Jimmy Beaulieu. J’explique que cuL, c’est un nom d’artiste: son prénom inversé. Elle dit: « Ah oui, un palindrome. » Et avant que j’aie le temps de la corriger, elle ajoute: « Ah non, un palindrome c’est pas ça, c’est quand c’est le même mot à l’endroit et à l’envers. » J’approuve sa correction et j’offre mon exemple classique de palindrome. Alors elle m’explique que le terme qu’elle cherchait c’était plutôt « anacyclique ». Puis nous cherchons d’autres palindromes, en vain. Enfin je la quitte poliment, parce que bon, je la trouve un peu jeune.

En y repensant aujourd’hui, je me dis trois choses:

  1. Le système d’éducation québécois n’est peut-être pas si pire que ça, finalement.
  2. Aborder une inconnue, ça crée souvent des ces petits moments délicieusement étranges. Je devrais le faire plus souvent.
  3. Une fille qui m’apprend un nouveau mot, peu importe son âge, mérite une petite place dans le vaste univers de mon désir.

Mon premier grand amour

En deuxième année, nous étions les meilleurs amis du monde. Nous étions toujours ensemble, à jouer, à nous lancer des défis, à nous taquiner. Je ne me rappelle pas vraiment du détail de nos activités d’enfants, mais j’ai un souvenir diffus de complicité, de bonheur, de plénitude.

L’année suivante, j’ai réalisé que j’étais amoureux d’elle. Elle était grande, elle était belle, elle était brillante, elle était forte. (Et, oui, elle était brune.) Elle battait presque tous les gars dans les sports. C’était la fille idéale. Tous les gars trippaient déjà sur elle. À partir de la troisième année, moi aussi.

Ma vie est tout de suite devenue un enfer. D’abord, j’ai arrêté de lui parler. Une coupure nette. Ensuite, je me suis mis à entretenir des délires obsessionnels sur ses sentiments à elle: « M’aime-t-elle ou non? » Puis, j’ai commencé à me remettre en question: « Suis-je assez beau pour elle? Suis-je assez bon pour elle? Suis-je assez fort pour elle? » (J’étais un chicot. Je le suis toujours.) Enfin, je me suis mis à jalouser férocement tous les autres gars qui daignaient lui adresser la parole.

Au travers de cet enfer, un oasis: chaque année, je l’invitais à mon anniversaire, un événement où les convives étaient triés sur le volet. En général, j’invitais trois personnes. Chaque année, elle acceptait et me faisait l’honneur de sa présence pour un repas et une soirée de jeux. Et l’espace d’une soirée, nous étions de nouveau les meilleurs amis du monde.

En autant que je me rappelle, ces fêtes furent nos seuls contacts pendant quatre ans. Le reste du temps, je n’osais pas lui parler, parce que je n’avais qu’une chose à lui dire (« Je t’aime. M’aimes-tu? ») et que j’étais terrorisé par la réponse.

Puis, vers la fin de l’école primaire, lors d’une partie de ballon-chasseur, un miracle s’est produit. Nous jouions avec repêchage, c’est-à-dire que quand un joueur d’une équipe en tuait un de l’autre équipe, il avait aussi le droit de sauver un de ses coéquipiers éliminés. Ce coéquipier quittait alors la vache pour revenir sur le terrain. Inutile de dire que personne ne me repêchait jamais.

Éliminé de la partie depuis longtemps, je rêvasse à la vache quand quelqu’un me tire par le bras et me fait signe de retourner sur le terrain. J’ai été repêché. Je suis complètement incrédule. Moi? C’est une blague? Et comme je ne bouge pas, elle me fait signe de m’en venir sur le terrain avec elle. C’est elle qui vient de me repêcher, contre toute logique sportive. Je crois que mes genoux ont ramolli, puis que je lui ai souri niaisement. Je lui ai peut-être même dit merci, mais je ne suis pas certain.

Elle venait de répondre par un oui éclatant à la question que je me posais depuis tant d’années, et je n’ai pas su quoi faire. J’aurais dû l’embrasser sur le champ. Nous aurions dû vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Je pense que j’ai plutôt continuer à l’ignorer. Je n’ai aucun souvenir de la fin de l’année scolaire la concernant.

Puis les vacances sont arrivées, et après les vacances, l’école secondaire. Nous n’allions pas à la même. Je ne l’ai jamais revue.

C’était il y a plus de vingt-cinq ans. J’ai l’impression d’avoir si peu changé. Mon anniversaire s’en vient.

Le dernier croissant aux amandes

Tout à l’heure au Kouign Amann j’ai acheté le dernier croissant aux amandes de la journée. Comme la gentille et jolie préposée allait le chercher dans l’armoire, une femme entre, se dirige vers l’armoire aussi, et regarde ma gâterie se faire emballer et laisser un grand vide. Son regard alterne entre l’employée et moi, comme si en nous regardant intensément tous les deux, un nouveau croissant apparaîtra.

Une pensée m’effleure, une envie, un réflexe de galanterie. Et si je lui donnais mon croissant? Mais je me retiens, et je suis fier de moi. C’est un tout petit geste d’affirmation, mais j’ai besoin de poser ces gestes plus souvent. Après tout, j’étais là avant elle.

Évidemment, elle n’était ni grande ni brune, sinon c’aurait été une autre histoire.

Deux soirées

Quelques observations aléatoires, surgies au fil des deux dernières soirées:

  • Une grande brune, ça me tombe vraiment dans l’oeil.
  • Les sites de rencontre, c’est pour les gens qui ont un excès de poids.
  • Les DJ électroclash jouent plein de merde des années 80. Pourquoi ils ne jouent pas le good stuff? En particulier, est-ce que ce serait si difficile de plugger Michael Jackson dans leur set?
  • J’aime vraiment les filles qui portent des gros chapeaux de fourrure. En général, je me fous pas mal des modes, mais j’espère que celle-ci va durer. Évidemment, quand je me rends compte qu’une mode existe, c’est le signe que son déclin commence…

Quelles conclusions tirer de tout ça? Hmmm. Je ne sais pas trop. Si vous êtes une brune grande et mince (Par « mince », je ne veux probablement pas dire la même chose qu’une femme. Si vous pensez que vous devriez perdre une dizaine de livres, vous êtes probablement mince dans mon livre à moi. Si vous avez abandonné ce combat depuis longtemps, alors vous avez aussi abandonné la chance que je vous trouve de mon goût.), que vous aimez Michael Jackson et que vous portez un chapeau de fourrure, dites-moi ce que vous en pensez.

À quel âge devient-on un vieux satyre?

Le collège Regina Assumpta est sur le chemin qui me mène à mon arrêt d’autobus. C’est un collège privé, auparavant réservé aux filles. On y porte encore l’uniforme. Chaque matin, alors que le soleil se lève à peine, je croise des dizaines de jeunes écolières, vêtues comme dans les fantasmes de vieux cochons, qui se dirigent tranquillement vers les bancs d’école. Et franchement, elles ne me font pas tant d’effet.

Ce matin, je traversais la rue au coin du collège, quand j’ai remarqué une grande brune qui marchait devant moi d’un bon pas, seule. Elle s’est tourné vers moi, m’a regardé. Je l’ai regardé aussi. Elle était belle. Elle a continué vers l’Est, moi plein Sud. Je ne la voyais plus que de dos. Et je me suis rendu compte qu’elle s’en allait à l’école.

Cette fille a moins que la moitié de mon âge. Et si elle le voulait, elle pourrait me détruire complètement. J’aime pas les filles.

Signes de banlieue 4

J’en ai déjà parlé, mais je viens de le revivre.

Je déjeune en lisant tranquillement No Country For Old Men. J’ai découvert que j’aime assez manger seul au resto. Tant que je sais d’avance que c’est ce que je vais faire. Manger seul parce que je me suis fait poser un lapin, c’est une autre paire de manches.

Donc, je mange, je lis et de temps en temps je lève la tête pour regarder ce qui se passe, et spotter des filles. En voilà justement une qui revient des toilettes et qui est ma foi pas mal. Grande, mince, brune avec de belles petites formes bien mises en évidence par sa tenue. Miam. Elle retourne s’asseoir, à l’autre bout du resto. Je vois qu’elle est à une table à quatre, avec une autre fille à ses côtés, mais je ne peux pas voir qui est assis en face d’elles, ma vue est obstruée.

Un peu plus tard, lors d’une autre pause dans ma lecture, je vois la fille en question debout dans le milieu du restaurant, en train de mettre son manteau et de jaser avec ses voisins de table, ses parents.

J’ai déjà dit que l’âge d’une fille, ça m’importe peu. Tant qu’elle est full grown, comme disait Jon Spencer, je ne vois rien de mal à la trouver cute et à avoir envie de faire des cochonneries avec elle. Ce n’est pas ce que je recherche vraiment, mais je ne dirai pas non si ça me tombe dessus (ce qui suppose que je commence à vivre dans un univers parallèle fonctionnant selon la logique des films pornos, donc pas de danger).

Par contre, je viens de réaliser qu’une fille qui reste chez ses parents, c’est quand même un turn off.

A beau mentir qui ne danse pas bien

Samedi je suis sorti danser avec une amie. On s’est dit que notre configuration « un gars une fille » nous donnait l’air d’un couple, alors on s’est inventé une histoire. Elle était ma demi-soeur, et nous travaillions en cinéma. Elle monteuse, moi assistant-réalisateur. Demi-frère ou simple ami, mon rôle était de l’empêcher de faire des folies qu’elle regretterait plus tard. La situation avec son chum se complique, et il y a déjà un autre gars sur les rangs. On n’aurait pas dit à la regarder ce soir-là, mais elle ne tient pas à la multiplication des prétendants.

Moi je spotte ma cible assez vite: la grande brune là-bas. C’est mon jour de chance, elle se déplace et se retrouve d’elle-même juste à côté de moi. Elle est avec un autre gars, qui n’a pas l’air d’être son chum. Je danse près d’elle, j’essaie d’établir un contact visuel. Peine perdue. Elle est concentrée sur sa danse, et sur éviter les regards des gars qui l’entourent.

Une pause, je m’installe à côté d’elle et je lui explique que je suis là pour veiller sur ma petite soeur. « Ah, c’est ta soeur! », qu’elle me répond, presque soulagée. Son visage s’éclaire d’un sourire. Et elle m’annonce qu’elle est mariée et a deux enfants. Bon, c’est pas ce soir que je vais scorer, mais c’est quand même elle la plus belle dans la place, et j’ai brisé ses défenses, alors ça me fait plaisir de danser avec elle jusqu’à la fin de la soirée, tout en gardant un oeil sur ma petite soeur.

De cette soirée je retiens deux choses. D’abord, qu’il y a un plaisir pervers à gagner la confiance de quelqu’un avec un mensonge. Ensuite, que je dois apprendre à danser. Quand la salsa démarre et que la fille en avant de toi sait la danser, il faut suivre.

J’aime pas les filles

Non, j’aime les filles. Je n’aime pas le pouvoir des filles sur moi.

Si tu es grande, brune, un peu maladroite mais d’une façon charmante, ne me souris pas. Ne me parle pas. Ne t’approche pas de moi presque comme si tu voulais me donner la bise même si on ne se connaît pas. Sinon, tu sais ce qui va arriver. Je vais me mettre à fantasmer sur ton compte.

Ah pis fais-le donc. Encore.