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Le collège Regina Assumpta est sur le chemin qui me mène à mon arrêt d’autobus. C’est un collège privé, auparavant réservé aux filles. On y porte encore l’uniforme. Chaque matin, alors que le soleil se lève à peine, je croise des dizaines de jeunes écolières, vêtues comme dans les fantasmes de vieux cochons, qui se dirigent tranquillement vers les bancs d’école. Et franchement, elles ne me font pas tant d’effet.

Ce matin, je traversais la rue au coin du collège, quand j’ai remarqué une grande brune qui marchait devant moi d’un bon pas, seule. Elle s’est tourné vers moi, m’a regardé. Je l’ai regardé aussi. Elle était belle. Elle a continué vers l’Est, moi plein Sud. Je ne la voyais plus que de dos. Et je me suis rendu compte qu’elle s’en allait à l’école.

Cette fille a moins que la moitié de mon âge. Et si elle le voulait, elle pourrait me détruire complètement. J’aime pas les filles.

Je n’ai pas de frigo. J’ai une glacière sur le balcon. Je n’ai pas de poêle. J’ai un wok électrique et un micro-ondes. Et je n’ai pas de vaisselle (ou presque).

Dimanche matin j’avais envie de pain doré. (Je l’aurais fait dans le wok.) J’ai calculé que j’allais devoir acheter du lait, des oeufs, du pain, de la cannelle et du sirop d’érable. Seulement le sirop et la cannelle survivraient à ce déjeuner. Seulement le sirop d’érable survivrait à mon déménagement imminent. Ça regardait donc pour 5 à 8 piasses d’aliments qui allaient servir juste à un repas puis se retrouver aux vidanges.

Je suis allé au restaurant.

Crisse, j’arrête pas de suer. Je sais très bien pourquoi. Pour qui, en fait. Ça me prend une demi-heure et j’ai les dessous de bras qui trempent dedans, comme vos doigts. C’est tellement sexy. Ensuite je m’en rends compte, et ça me stresse, et je sue encore plus. Et là c’est rendu que je stresse d’avance à l’idée que je vais suer. Ce qui me fait suer encore plus et encore plus vite.

J’en suis réduit à essayer ce truc de Procrastinator. On a bien la science qu’on peut avoir.

Pour me consoler, mon Shuffle m’a fait un beau cadeau. J’ai mis le pied hors de l’autobus et il a commencé la lecture de Bittersweet Symphony de The Verve, qui a accompagné ma marche jusque chez moi. Le fadeout s’est terminé juste comme je tournais la clé dans la porte. Timing parfait. Et comme toune de marche, Bittersweet Symphony est dure à battre. Chaque pas te fait sentir un peu plus bad ass, jusqu’à que tu te sois prêt à tout arracher.

Quand l’objet de ton désir t’invite à marcher un bout avec elle, tu ne lui dis pas comme moi que tu t’en vas de l’autre côté ce soir. Tu oublies tes plans et tu la suis. C’est pas grave si tu es une fois de plus en retard chez ton psy. C’est encore moins grave si tu manques ton rendez-vous complètement.

Même mon psy est d’accord: je suis un crétin.

Vous le savez, j’aime pas le pouvoir des filles sur moi. J’en ai eu une autre preuve la semaine dernière.

C’est la fin d’une soirée bien arrosée. Nous rentrons dans le bar. Nous venons de changer d’endroit parce qu’”il n’y a pas assez de chicks” à l’autre place. C’est pas moi qui le dit, c’est les autres. Donc nous arrivons dans cet autre bar, et mon premier réflexe est de vérifier si il y a vraiment plus de “chicks” ici.

J’en spotte deux vers le fond du bar. Elles portent leurs chapeaux de fourrure à l’intérieur. Je dis à mon boss qu’elles ont des beaux chapeaux, et je n’y pense pas une seconde de plus, je vais leur dire à elles aussi. Et nous commençons à jaser. D’abord, le débat classique sur la fourrure, puis d’autres sujets. Petit à petit, je me retrouve seul avec celle que je trouve la plus de mon goût. Et nous parlons. Et ça coule, et je me rapproche, et je lui effleure la cuisse, la joue, et je lui paye un scotch, et je lui dis que je la trouve cute. Je n’ai même pas enlevé mon manteau, j’ai complètement abandonné les autres gars. Ça dure facilement une heure. J’essaie même de l’embrasser. Elle refuse, c’est normal, je suis saoul et ça paraît. Je ne serais jamais si audacieux sinon.

Jusqu’ici tout va bien. Ça se morpionne quand elle s’inquiète pour son amie. Je la laisse filer, tout simplement. Et je me retrouve avec rien d’autre que ce qui peut se voir de deux façons: un beau moment de complicité impromptue ou une pénible drague alcoolisée. Ça, et un (quasi assurément) faux prénom.

Maintenant, comment je fais pour arrêter de penser à elle?

Cet été, j’ai perdu la lumière arrière sur mon vélo. En fait, pas vraiment la lumière, seulement le petit bout de plastique qui la fait tenir dans son socle, que le fabricant a décidé dans un éclair de génie de diviser en un petit morceau facile à perdre.

En attendant de m’en racheter une autre, je posais ma lumière avant en arrière, et je mettais ma lampe frontale à son endroit désigné, c’est-à-dire sur mon front. Comme ça j’étais bien visible d’en avant comme en arrière, même si c’était impossible de déterminer lequel était lequel.

Ça fonctionnait pas mal, sauf que la lampe frontale tournait avec ma tête, ce qui m’a permis d’apprendre deux choses:

  1. Je suis sans cesse en train de checker les filles.
  2. Un lampe frontale transforme un regard furtif en approche aussi directe qu’inefficace.
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