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Archives du Tag: souvenir

Quand j’ai fini de tartiner mes toasts, je lèche le couteau. Deux bonnes grosses lichées. Il est propre propre propre quand j’ai fini.

Quand j’étais enfant et que je faisais ça, ma mère me disait: “Fais pas ça, tu vas te couper la langue.” Ça doit bien faire trente ans que je fais ça et il n’est jamais rien arrivé à ma langue. Des fois, il ne faut pas écouter sa mère.

Je vous ai déjà parlé d’xkcd, un webcomic pour les geeks. Son dernier strip m’a bien fait rire:

Ça m’a rappelé une partie de Boggle en famille, durant laquelle mon père avait trouvé le mot “stupre” (6 lettres, 3 points!) dans la grille de 16 lettres. Je ne me souviens pas de mon âge, mais ça ne faisait pas encore partie de mon vocabulaire. J’avais demandé:

- Qu’est-ce que ça veut dire?
- C’est comme dans l’expression “le stupre et la fornication”.

Évidemment, ça ne me disait rien de plus, mais il était clair que la discussion était close, et que j’allais devoir attendre un autre moment pour chercher ce mot dans le dictionnaire.

J’ai envie de crier à xkcd: “Si mon père peut le faire, toi aussi. Clitoris FTW!”

Accessoirement, j’ai aussi envie de lui dire que l’option ‘OSTRICH’, qu’il mentionne dans le TITLE de l’image (laissez votre souris au-dessus pour voir ce texte apparaître) le priverait du bonus de 50 points alloué pour l’utilisation de toutes ses lettres.

En deuxième année, nous étions les meilleurs amis du monde. Nous étions toujours ensemble, à jouer, à nous lancer des défis, à nous taquiner. Je ne me rappelle pas vraiment du détail de nos activités d’enfants, mais j’ai un souvenir diffus de complicité, de bonheur, de plénitude.

L’année suivante, j’ai réalisé que j’étais amoureux d’elle. Elle était grande, elle était belle, elle était brillante, elle était forte. (Et, oui, elle était brune.) Elle battait presque tous les gars dans les sports. C’était la fille idéale. Tous les gars trippaient déjà sur elle. À partir de la troisième année, moi aussi.

Ma vie est tout de suite devenue un enfer. D’abord, j’ai arrêté de lui parler. Une coupure nette. Ensuite, je me suis mis à entretenir des délires obsessionnels sur ses sentiments à elle: “M’aime-t-elle ou non?” Puis, j’ai commencé à me remettre en question: “Suis-je assez beau pour elle? Suis-je assez bon pour elle? Suis-je assez fort pour elle?” (J’étais un chicot. Je le suis toujours.) Enfin, je me suis mis à jalouser férocement tous les autres gars qui daignaient lui adresser la parole.

Au travers de cet enfer, un oasis: chaque année, je l’invitais à mon anniversaire, un événement où les convives étaient triés sur le volet. En général, j’invitais trois personnes. Chaque année, elle acceptait et me faisait l’honneur de sa présence pour un repas et une soirée de jeux. Et l’espace d’une soirée, nous étions de nouveau les meilleurs amis du monde.

En autant que je me rappelle, ces fêtes furent nos seuls contacts pendant quatre ans. Le reste du temps, je n’osais pas lui parler, parce que je n’avais qu’une chose à lui dire (“Je t’aime. M’aimes-tu?”) et que j’étais terrorisé par la réponse.

Puis, vers la fin de l’école primaire, lors d’une partie de ballon-chasseur, un miracle s’est produit. Nous jouions avec repêchage, c’est-à-dire que quand un joueur d’une équipe en tuait un de l’autre équipe, il avait aussi le droit de sauver un de ses coéquipiers éliminés. Ce coéquipier quittait alors la vache pour revenir sur le terrain. Inutile de dire que personne ne me repêchait jamais.

Éliminé de la partie depuis longtemps, je rêvasse à la vache quand quelqu’un me tire par le bras et me fait signe de retourner sur le terrain. J’ai été repêché. Je suis complètement incrédule. Moi? C’est une blague? Et comme je ne bouge pas, elle me fait signe de m’en venir sur le terrain avec elle. C’est elle qui vient de me repêcher, contre toute logique sportive. Je crois que mes genoux ont ramolli, puis que je lui ai souri niaisement. Je lui ai peut-être même dit merci, mais je ne suis pas certain.

Elle venait de répondre par un oui éclatant à la question que je me posais depuis tant d’années, et je n’ai pas su quoi faire. J’aurais dû l’embrasser sur le champ. Nous aurions dû vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Je pense que j’ai plutôt continuer à l’ignorer. Je n’ai aucun souvenir de la fin de l’année scolaire la concernant.

Puis les vacances sont arrivées, et après les vacances, l’école secondaire. Nous n’allions pas à la même. Je ne l’ai jamais revue.

C’était il y a plus de vingt-cinq ans. J’ai l’impression d’avoir si peu changé. Mon anniversaire s’en vient.

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