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Est-ce qu’une fille peut se permettre de coucher avec un gars dès la première date? La sagesse populaire dit que ce n’est pas une bonne idée, parce que la fille va passer pour une “fille facile” et que le gars va se pousser dès qu’il aura eu son nananne. Cette pauvre femme ne trouvera jamais un homme pour l’aimer vraiment. Mes contre-arguments:

Si c’est ce genre de gars, il va se pousser de toute façon dès qu’il aura épinglé sa cible à son tableau de chasse, que ce soit après une ou trois dates. Autant régler ça le plus tôt possible plutôt que d’essayer de transformer artificiellement une baise d’un soir en idylle, non?

Mais le plus important, c’est qu’en agissant stratégiquement, selon ce qu’elle conçoit plutôt que selon ce qu’elle ressent, la fille qui se refuse ce plaisir s’empêche de démarrer une relation du bon pied. Si tu es une jouisseuse qui aime le sexe, tu as besoin d’être aimée par un gars qui aime ce trait en toi. En le cachant dès le début, tu empêches peut-être le bon gars pour toi de t’aimer et tu encourages peut-être le mauvais à s’amouracher.

Il n’y a pas d’intérêt à cacher sa vraie nature dans une histoire d’amour. Elle sortira au grand jour tôt ou tard, et c’est préférable de s’aimer pour ce qu’on est vraiment que pour ce qu’on pense que l’autre voudrait qu’on soit. En fait, c’est la seule façon d’être heureux en amour.

Ça se passe hier, au lancement de cuL. C’est au Cégep du Vieux-Montréal dans une salle multi-usages attenante à la cafétéria. Le lancement lui-même est aussi multi-usages. En plus des apprentis bédéistes barbus, de charmants étudiants plein de pep hep hep jouent un acte de théâtre, dansent ou encore lisent des textes de leur cru. Il y a aussi de la bière pas chère, et un petit buffet, mais on n’a pas le droit de sortir du local avec nos verres et nos assiettes, alors on est pris pour se parler à voix basse pour ne pas nuire au spectacle.

Un moment, je m’éloigne de notre conversation et je commence à observer en rêvassant. Je m’arrête à la fille qui joue le rôle de bouncer. C’est elle qui m’a dit que je n’ai pas le droit de sortir avec ma bière. Ça semble être l’essentiel de son travail: se tenir debout dans le cadre de porte, et rappeller aux gens de laisser leur drink en dedans. Crisse de job poche, que je me dis.

Puis je me rends compte qu’en plus d’avoir une job poche, elle est quand même assez cute. Grande, brune, lunettes, piercings, un petit genre rebelle qui transparaît même au travers de l’uniforme d’employé du cégep. Mon genre, quoi. Je devrais aller lui parler, peut-être que c’est pas une étudiante, que je me dis. (Parce que si c’est une étudiante au cégep, malgré tout ce que j’en dis, je vais la trouver un peu jeune.) Comme je suis déjà rendu à ma troisième bière, je le fais.

On parle de sa job poche, puis de ses études (au cégep, damn!), puis de ce que je fais là. Je lui dis que je viens pour mon ami cuL qui a suivi l’atelier de BD de Jimmy Beaulieu. J’explique que cuL, c’est un nom d’artiste: son prénom inversé. Elle dit: “Ah oui, un palindrome.” Et avant que j’aie le temps de la corriger, elle ajoute: “Ah non, un palindrome c’est pas ça, c’est quand c’est le même mot à l’endroit et à l’envers.” J’approuve sa correction et j’offre mon exemple classique de palindrome. Alors elle m’explique que le terme qu’elle cherchait c’était plutôt “anacyclique”. Puis nous cherchons d’autres palindromes, en vain. Enfin je la quitte poliment, parce que bon, je la trouve un peu jeune.

En y repensant aujourd’hui, je me dis trois choses:

  1. Le système d’éducation québécois n’est peut-être pas si pire que ça, finalement.
  2. Aborder une inconnue, ça crée souvent des ces petits moments délicieusement étranges. Je devrais le faire plus souvent.
  3. Une fille qui m’apprend un nouveau mot, peu importe son âge, mérite une petite place dans le vaste univers de mon désir.

Bon. Il faut pas se laisser abattre dans la vie. Alors je l’ai fait quand même, avec un jour de retard:


C’est offert en toute humilité. (En fait, je suis mort de honte.) J’ai laissé toutes mes fausses notes. Et vous allez vite comprendre que je ne suis pas un chanteur.

Je la dédie à toutes les filles que j’ai aimées… avant.

Il est passé minuit. Je suis encore au bureau.

J’ai un dernier truc à finir, et ça fait un bon six heures que j’avance par courtes bribes entrecoupées de beaucoup de perte de temps: un peu de Facebook, pas mal de hockey sur table, un post qui me rend un peu triste, suivi d’une écoute à répétition de Here de Pavement, la toune officielle des peines d’amour. Des larmes pendant quelques minutes. Aussi, une longue conversation par écrit avec une amie, à propos des moves que je devrais faire ou pas dans mes lamentables histoires de coeur (qu’il faut dire vite: c’r).

Puis on raccroche, et j’ai besoin d’une autre distraction, alors je vais chercher ma guitare, et je commence à gratter. (Le bureau sert aussi de studio maison.) Les accords de « Girl » des Beatles, qu’on joue souvent. Mon chanteur n’est pas là, alors je chante moi-même, comme je le peux. Et comme toujours quand je joue cette toune, je pense à elle.

Alors je décide de l’enregistrer, avec moi à la voix, aussi mauvais que ça puisse l’être. Si c’est pas trop pire, je lui donnerai en cadeau. Je me lève pour aller plugger le studio (ça aussi, faut le dire vite: un Mac, un micro, une petite console), sans arrêter de gratter. Et ping! Une corde pète.

Ça surprend toujours. Et ça coupe un élan créatif, parce que c’est long, remplacer des cordes de guitare. Et le plus souvent, je ne dispose même pas de cordes de rechange.

Mais là, c’est encore pire. Je reste immobile un bon cinq minutes. Woah, dit mon Keanu intérieur. C’est un signe, c’est certain. Mais quel signe? Qu’il est l’heure d’aller me coucher, ou que je dois oublier cette fille?

En deuxième année, nous étions les meilleurs amis du monde. Nous étions toujours ensemble, à jouer, à nous lancer des défis, à nous taquiner. Je ne me rappelle pas vraiment du détail de nos activités d’enfants, mais j’ai un souvenir diffus de complicité, de bonheur, de plénitude.

L’année suivante, j’ai réalisé que j’étais amoureux d’elle. Elle était grande, elle était belle, elle était brillante, elle était forte. (Et, oui, elle était brune.) Elle battait presque tous les gars dans les sports. C’était la fille idéale. Tous les gars trippaient déjà sur elle. À partir de la troisième année, moi aussi.

Ma vie est tout de suite devenue un enfer. D’abord, j’ai arrêté de lui parler. Une coupure nette. Ensuite, je me suis mis à entretenir des délires obsessionnels sur ses sentiments à elle: “M’aime-t-elle ou non?” Puis, j’ai commencé à me remettre en question: “Suis-je assez beau pour elle? Suis-je assez bon pour elle? Suis-je assez fort pour elle?” (J’étais un chicot. Je le suis toujours.) Enfin, je me suis mis à jalouser férocement tous les autres gars qui daignaient lui adresser la parole.

Au travers de cet enfer, un oasis: chaque année, je l’invitais à mon anniversaire, un événement où les convives étaient triés sur le volet. En général, j’invitais trois personnes. Chaque année, elle acceptait et me faisait l’honneur de sa présence pour un repas et une soirée de jeux. Et l’espace d’une soirée, nous étions de nouveau les meilleurs amis du monde.

En autant que je me rappelle, ces fêtes furent nos seuls contacts pendant quatre ans. Le reste du temps, je n’osais pas lui parler, parce que je n’avais qu’une chose à lui dire (“Je t’aime. M’aimes-tu?”) et que j’étais terrorisé par la réponse.

Puis, vers la fin de l’école primaire, lors d’une partie de ballon-chasseur, un miracle s’est produit. Nous jouions avec repêchage, c’est-à-dire que quand un joueur d’une équipe en tuait un de l’autre équipe, il avait aussi le droit de sauver un de ses coéquipiers éliminés. Ce coéquipier quittait alors la vache pour revenir sur le terrain. Inutile de dire que personne ne me repêchait jamais.

Éliminé de la partie depuis longtemps, je rêvasse à la vache quand quelqu’un me tire par le bras et me fait signe de retourner sur le terrain. J’ai été repêché. Je suis complètement incrédule. Moi? C’est une blague? Et comme je ne bouge pas, elle me fait signe de m’en venir sur le terrain avec elle. C’est elle qui vient de me repêcher, contre toute logique sportive. Je crois que mes genoux ont ramolli, puis que je lui ai souri niaisement. Je lui ai peut-être même dit merci, mais je ne suis pas certain.

Elle venait de répondre par un oui éclatant à la question que je me posais depuis tant d’années, et je n’ai pas su quoi faire. J’aurais dû l’embrasser sur le champ. Nous aurions dû vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Je pense que j’ai plutôt continuer à l’ignorer. Je n’ai aucun souvenir de la fin de l’année scolaire la concernant.

Puis les vacances sont arrivées, et après les vacances, l’école secondaire. Nous n’allions pas à la même. Je ne l’ai jamais revue.

C’était il y a plus de vingt-cinq ans. J’ai l’impression d’avoir si peu changé. Mon anniversaire s’en vient.

Ça manque souvent de protéines, ce qui fait que tu as faim une couple d’heures plus tard et que ça devient insupportable un peu avant l’heure du souper. Par contre, c’est plutôt bon.

Mais ce qu’il y a de mieux Aux Vivres, c’est que c’est un repère de jolies filles. D’ailleurs, la prochaine fois, je m’assois dos au mur.

Je remarque un pattern dans mes histoires de coeur (coeur, faut le dire vite): je m’intéresse aux filles qui me donnent l’impression de s’intéresser à moi. Je passe mon temps à me poser des questions sur leur sentiments à elles, à analyser chaque geste pour savoir s’il s’agit d’un signe, chaque mot pour savoir s’il s’adresse à moi, chaque post de blog pour savoir s’il ne parlerait pas de moi.

Je pense que ça vaut pas de la marde.

D’abord, je confonds tous les types d’intérêts en un seul. Si une fille que je trouve cute me jase un peu, ça y est, je commence à penser qu’elle a un kick sur moi. Ensuite je complique tout, ce qui m’empêche d’avoir des relations amicales avec des filles que je trouve cutes. Certains diront que c’est normal, qu’il n’y a plus d’amitié possible quand il y a du désir. Ils ont sans doute raison.

Ça m’amène à ce qui est vraiment mauvais dans mon pattern. En me concentrant sur les hypothèses autour du désir de l’autre, je refuse d’écouter le mien, de le définir, de le sentir, de le vivre. En plaçant l’autre au centre de l’histoire, en l’investissant du pouvoir suprême (“M’aime-t-elle ou non? Me trouve-t-elle cute ou non?”), je me condamne à être le spectateur de ma propre vie sexuelle.

Alors ma 3e résolution 2008, c’est d’arrêter ça. Comme ça va tellement bien avec les deux autres, on peut dire que je me condamne à me condamner. Ce qui vaut pas plus de la marde.

Bon, c’est officiel, je suis un vieux satyre.

Je regardais le septième match, et ce qui m’intéressait plus que le hockey, c’étaient les plans de Claude Julien qui se promène derrière le banc. À l’occasion, on voyait apparaître derrière lui deux superbes bustes, drapés dans des blouses roses et bleues. Je n’avais d’yeux que pour ces blouses et les seins tout jeunes et pimpants qu’elles révélaient gentiment.

Alors si vous êtes une de ces deux filles, il y a deux choses que j’ai envie de faire avec vous: déchirer votre top et voir votre visage. Je suis romantique comme ça.

C’était une des premières virées que je faisais avec ce bon ami. Nous étions tous les deux nouvellement célibataires, et aux prises avec une panne de libido. Il n’y avait pas une fille dans le bar qui lui arrivait à la cheville, et elle le savait.

Visage parfait, corps parfait. Des seins de rêve, qu’elle n’avait pas à mettre en valeur tellement ils le faisaient d’eux-mêmes. Et cette attitude! Pas un sourire de la soirée, sauf la tête baissée quand elle aimait la musique. Pas un regard échangé avec quelqu’un d’autre que ses amis. Elle était là pour danser, pas pour se faire cruiser. Le message était clair, puissant. Approchez-moi à vos risques et périls. Personne n’a osé.

En sortant du bar, mon ami me racontait son excitation quant à la redécouverte de sa libido: “J’ai senti que ça bougeait!” Cette fille avait accompli un miracle.

Hier soir, je me promenais en ville, et pas mal de monde portaient fièrement les couleurs de nos Glorieux. Je dois dire qu’un chandail du Canadien rouge et ajusté, ça habille très bien une belle paire de seins. Et c’est une raison de plus d’être content de notre participation au détail.

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