La fille du bus

Si vous avez pris le temps de me lire un peu, vous savez que j’étais en dépression il n’y a pas si longtemps. Bon, il s’agit bien sûr d’un auto-diagnostic. Ça vaut ce que ça vaut. À l’hôpital ils m’ont dit que je n’étais pas dépressif, mais plutôt une personnalité limite. Un autre diagnostic qui vaut ce qu’il vaut, c’est-à-dire pas grand chose. Je ne suis peut-être pas dépressif, mais je suis assurément plus dépressif que borderline.

Depuis mon séjour à l’hôpital, je vais mieux. J’ai touché le fond ce jour-là, et depuis, je remonte. Plus ou moins consciemment, j’ai décidé de me délester de ce qui ne me rendait plus heureux.

J’ai arrêté la torture du travail autonome, et j’ai accepté un emploi. J’y allais un peu de reculons, mais j’ai réalisé il y a quelques semaines que j’étais bien dans ce travail. J’y côtoie quotidiennement des gens jeunes, beaux et talentueux, et interagir avec eux me fait le plus grand bien. Je sens aussi que je peux faire pas mal toutes les niaiseries que je veux, et qu’elles seront acceptées, voire appréciées.

J’ai laissé ma blonde. Ça a été très dur, parce que je lui ai fait beaucoup de peine. Mais je ne l’aimais plus. C’était malsain de continuer avec elle. J’ai été à l’envers pendant quelques jours, puis je me suis mis à aller mieux. Vraiment mieux. J’ai retrouvé ma curiosité, mon énergie, mes amis, mon désir. Je m’inquiétais presque: "Ça ne peut pas être si simple, je vais briser bientôt." Mais ça a continué.

Jusqu’à samedi dernier. Vous avez lu mes gentilles histoires de cruise? Ces petites histoires m’ont fait du bien elles aussi. Samedi dernier, je suis allé à Frenche ou meurs avec quelques ami-e-s. Le thème, c’est la cruise, alors il y a de la pression. Moi qui cherche des petits ego boosts légers, j’ai croulé sous la pression. J’ai eu l’impression que tout le monde autour de moi se matchait, et que j’étais toujours en opposition de phase avec ce que j’aurais dû faire pour me matcher moi aussi. C’était pourtant un très bon party, mais j’en suis sorti amer. C’est ce qui est poche avec le célibat: tout est possible, mais la plupart du temps, ça ne fonctionne pas.

Et maintenant je suis en vacances. Je me sens seul. Je ne me suis pas encore trouvé un nouvel appartement. Tous mes amis célibataires rencontrent du monde. Je bois et je fume de plus en plus.

Aujourd’hui je voulais me donner une satisfaction rapide, un quick win, en terminant réellement un contrat qui date de presque un an maintenant. Je me suis mis à la tâche, et plus j’avançais, plus je me créais de nouveaux problèmes au lieu de régler ceux qu’il me reste. Je me suis mis à pleurer. Une crise de larmes exactement comme dans le temps de la dépression, qui me coupe le souffle.

En retournant chez moi, je passe proche d’éclater en sanglots dans le métro. Je me traîne en peine jusqu’à l’arrière du bus. Mon arrêt approche, je me lève. À l’avant, une fille se lève et se dirige vers la porte elle aussi, face à moi. Elle est belle. Je me dis: "Cool, la hot chick descend au même arrêt que moi." J’ai tellement pas la tête à ça, je l’avais même pas remarquée en entrant. On est trois à attendre que l’autobus s’arrête et que la porte s’ouvre. Elle en avant, moi en arrière. Elle se retourne, elle me regarde. "Oh boy, it’s on." J’ai raté ma fenêtre pour lui sourire, par contre. Mais je commence à penser que je devrais m’essayer.

Nous sortons. Malheureusement, elle traverse tout de suite de l’autre côté de la rue. Je devrais la suivre, mais ça me ferait un détour, et je suis con comme ça. Finalement, nous allons dans la même direction, mais chacun de notre côté de la rue. Oh, elle revient de mon bord. Non, elle reste dans la rue. Et elle commence à courir et à se laisser glisser sur ses pieds dans le milieu de la rue. C’est tout joyeux, tout enfantin. Je souris. Merci, belle inconnue.

A beau mentir qui ne danse pas bien

Samedi je suis sorti danser avec une amie. On s’est dit que notre configuration "un gars une fille" nous donnait l’air d’un couple, alors on s’est inventé une histoire. Elle était ma demi-soeur, et nous travaillions en cinéma. Elle monteuse, moi assistant-réalisateur. Demi-frère ou simple ami, mon rôle était de l’empêcher de faire des folies qu’elle regretterait plus tard. La situation avec son chum se complique, et il y a déjà un autre gars sur les rangs. On n’aurait pas dit à la regarder ce soir-là, mais elle ne tient pas à la multiplication des prétendants.

Moi je spotte ma cible assez vite: la grande brune là-bas. C’est mon jour de chance, elle se déplace et se retrouve d’elle-même juste à côté de moi. Elle est avec un autre gars, qui n’a pas l’air d’être son chum. Je danse près d’elle, j’essaie d’établir un contact visuel. Peine perdue. Elle est concentrée sur sa danse, et sur éviter les regards des gars qui l’entourent.

Une pause, je m’installe à côté d’elle et je lui explique que je suis là pour veiller sur ma petite soeur. "Ah, c’est ta soeur!", qu’elle me répond, presque soulagée. Son visage s’éclaire d’un sourire. Et elle m’annonce qu’elle est mariée et a deux enfants. Bon, c’est pas ce soir que je vais scorer, mais c’est quand même elle la plus belle dans la place, et j’ai brisé ses défenses, alors ça me fait plaisir de danser avec elle jusqu’à la fin de la soirée, tout en gardant un oeil sur ma petite soeur.

De cette soirée je retiens deux choses. D’abord, qu’il y a un plaisir pervers à gagner la confiance de quelqu’un avec un mensonge. Ensuite, que je dois apprendre à danser. Quand la salsa démarre et que la fille en avant de toi sait la danser, il faut suivre.

Églantine

Vous le savez, j’aime pas le pouvoir des filles sur moi. J’en ai eu une autre preuve la semaine dernière.

C’est la fin d’une soirée bien arrosée. Nous rentrons dans le bar. Nous venons de changer d’endroit parce qu’"il n’y a pas assez de chicks" à l’autre place. C’est pas moi qui le dit, c’est les autres. Donc nous arrivons dans cet autre bar, et mon premier réflexe est de vérifier si il y a vraiment plus de "chicks" ici.

J’en spotte deux vers le fond du bar. Elles portent leurs chapeaux de fourrure à l’intérieur. Je dis à mon boss qu’elles ont des beaux chapeaux, et je n’y pense pas une seconde de plus, je vais leur dire à elles aussi. Et nous commençons à jaser. D’abord, le débat classique sur la fourrure, puis d’autres sujets. Petit à petit, je me retrouve seul avec celle que je trouve la plus de mon goût. Et nous parlons. Et ça coule, et je me rapproche, et je lui effleure la cuisse, la joue, et je lui paye un scotch, et je lui dis que je la trouve cute. Je n’ai même pas enlevé mon manteau, j’ai complètement abandonné les autres gars. Ça dure facilement une heure. J’essaie même de l’embrasser. Elle refuse, c’est normal, je suis saoul et ça paraît. Je ne serais jamais si audacieux sinon.

Jusqu’ici tout va bien. Ça se morpionne quand elle s’inquiète pour son amie. Je la laisse filer, tout simplement. Et je me retrouve avec rien d’autre que ce qui peut se voir de deux façons: un beau moment de complicité impromptue ou une pénible drague alcoolisée. Ça, et un (quasi assurément) faux prénom.

Maintenant, comment je fais pour arrêter de penser à elle?