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J’habite à un coin de rue du Marché Laurier. Une petite épicerie. Ou un gros dépanneur, c’est selon. Ils ont une cuisine, dans laquelle ils préparent des petits plats, des muffins et des viennoiseries. J’y vais presque à chaque jour, ne serait-ce que pour profiter de leur spécial muffin et café à 1,99$, taxes incluses.

Un muffin dans un sac de papier brun, un café dans un verre en carton, y a pas de code barre là-dessus. La caissière doit plutôt entrer le code numérique du spécial. À coup de nouvelles caissières et de caissières ayant des blancs de mémoire, j’ai fini par apprendre le code du spécial moi-même: 601.

Tantôt, la caissière, une nouvelle, entre le code du muffin seulement (605, celui-là aussi je l’ai appris). Ça s’enligne pour me coûter 30 cents de trop quand elle va entrer le code du café. J’interviens.

- Le muffin allait avec le café.
- Ah oui, c’est vrai, le spécial.

Elle se tourne pour fouiller dans sa liste de codes.

- C’est 601.
- Quoi?
- Le code, c’est 601.

Elle vérifie quand même.

- T’as déjà travaillé ici ou t’es juste bizarre?

Je n’ai pas d’auto, je ne conduis pas souvent. Quand je le fais, c’est sur l’autoroute, hors de la ville. Le plaisir est plus grand avec de la musique.

Je rentrais chez moi, c’était le début de la nuit. Quand il fait clair, j’écoute du rock. Quand il fait noir, de l’électronique. J’ai branché mon iPod Touch dans la prise AUX, fouillé un peu, trouvé We Are Rockstars, pesé Play, puis Genius.

Y avait pas de trop de trafic. Genius (merci Steve!) faisait la job: le beat était gros, gras et sale. Après le dernier punch d’un truc vraiment dansant, un piano timide, mal accordé, pas sur le rythme, se fait entendre:

Je soupire à voix haute. C’est comme si après avoir vu Usain Bolt gagner un 100m, je regardais un enfant qui tient à peine debout et qui essaie d’avancer mais qui tombe. C’est triste et attendrissant.

Je soupire aussi parce que je reconnais très bien cette chanson: All My Friends, par LCD Soundsystem. C’est un crescendo de presque 8 minutes. Ça commence avec cette petite mélodie fragile, puis les pistes s’ajoutent, les instruments se placent un par un, et à la toute fin, quand James Murphy pousse “Where are your friends tonight? Where are your friends tonight?”, tout est parfait. Même le piano désaccordé du début.

Et comme si ce n’était pas assez, toute la tension accumulée durant le crescendo est relâchée dans la note finale, jouée à l’unisson. Ce point d’orgue me fait toujours verser une larme. C’est pareil aujourd’hui, alors que la 15 rejoint la 117 à St-Jérôme.

Chez Claudette (detail)Dimanche matin, 8h00. Je sors acheter un café et un muffin au marché Laurier.

Il y a une proportion impressionnante de motos dans la rue.

Déjà des gens qui déjeunent à La petite marche. Une seule table, des filles. Vu de l’autre côté de la rue, y en a une qui a l’air pas mal. C’est peut-être juste la jupe rouge.

Je croise le waiter de chez Claudette (me rappelle jamais de son nom) qui termine son shift de nuit. On se salue.

Au marché, les muffins sont encore chauds et les thermos à café, pleins. Ça me fait tout drôle. Sylvain, le gars des fruits et légumes, est en train de faire la rotation. Je suis heureux de voir qu’il en retire un peu aussi. Une des filles des cuisines (la blonde: Lysanne?) s’approche de Sylvain, elle transporte un immense cul-de-poule:

- Sylvain! Qu’est-ce tu fais là?
- Lysanne! Qu’est-ce tu fais là?

Ils se racontent la même histoire: je pourrai pas travailler tel jour de semaine, j’ai fait un switch avec un autre. La blonde remplit son cul-de-poule de légumes. Elle clenche. Les deux continuent de se taquiner:

- Si j’avais un magasin, je t’engagerais, je pense.
- Moi aussi si j’avais un magasin, je t’engagerais. T’es divertissant, Sylvain. Parfois…

Finalement, je prends une viennoiserie choco-noisettes au lieu d’un muffin. La caissière (la pas fine) est surprise quand elle regarde dans mon sac. J’imite son geste, dans une tentative de rapprochement: “Surprise, je prends pas le spécial!” Elle répond: “Non, c’est parce que c’est pas le spécial comme d’habitude.” Tentative ratée.

Je reviens par l’autre côté de St-Denis. Y a effectivement juste une tablée de bruncheurs. Est-ce qu’on peut les appeler comme ça si tôt? La fille à la jupe rouge a des belles jambes, mais j’arrive de dos. Il va falloir que je me retourne pour voir son visage. Pourquoi je tiens toujours à voir le visage? Pourquoi ne pas me satisfaire de ce qui m’est offert? En plus, il y a un gars, que j’avais pas vu à mon premier passage. Il me fait face, donc il va me voir me retourner. Et je suis rendu à leur hauteur et damn ils sont vraiment jeunes. Des ados. Je me retourne pas.

Sur St-Joseph, je croise Simon, le cook de Chez Claudette. J’imagine qu’il termine son shift de nuit lui aussi. On se salue.

Devant chez moi, une fille boit son café sur le balcon du rez-de-chaussée. La porte est ouverte, y a des cônes piqués au petit chantier pas loin devant chez nous, pour demander aux gens de ne pas se stationner là, parce qu’il y aura déménagement.

Je traverse, la salue et engage la conversation. Ils étaient locataires, mais ils ont acheté, d’où le déménagement. J’étais convaincu qu’il n’y avait que des condos de l’autre côté de la rue. Elle me confirme qu’à part cet immeuble, j’ai raison. C’est tout l’inverse de mon côté de rue, où il n’y a que des loyers, sauf dans un immeuble transformé en condos. C’est le même Italien qui est proprio de tout le côté de la rue ou presque. On se dit qu’il ferait un gros tas d’argent s’il vendait. Son logement est pas encore loué, elle peut me donner les coordonnées de la proprio si ça m’intéresse. Ça m’intéresse pas, mais je m’informe. Un grand 5 1/2. Elle ne veut pas me dire le loyer qu’elle payait, mais elle s’attend à ce que la proprio augmente à 1400$. Le monde sont malades.

Je lui souhaite bon courage pour son déménagement et je monte chez moi, où mon chat m’accueille en héros.

Shoveling SnowL’hiver, il neige. Surtout depuis deux semaines. Quand il neige, il faut pelleter. Ceux qui me connaissent savent que j’aime bien chialer sur mes voisins à ce sujet.

J’habite dans un bloc assez typique, qui comprend un grand logement au rez-de-chaussée et quatre petits aux deux étages supérieurs. Ces quatre logements, dont le mien, partagent un escalier extérieur et le balcon leur donnant accès. Logiquement, la tâche du pelletage serait séparée entre les quatre locataires. Pourtant, après trois hivers, je constate que:

  1. Je suis le seul à posséder une pelle.
  2. Je suis le seul à savoir comment m’en servir.
  3. Je suis le seul qui est dérangé par les notices “SVP assurez-vous que le chemin vers votre boîte à malle est sécuritaire” que le facteur colle sur nos portes de temps en temps.

En d’autres termes, si je ne m’en occupe pas, personne ne va le faire. Peut-être que mes voisins pensent que le proprio prend ça en charge, le déneigement. Ou que je suis payé pour le faire. Read More

J’ai travaillé deux fois dans des agences de publicité, qui emploient maintenant des programmeurs comme moi dans leurs départements “interactifs”. Pour un programmeur, le principal avantage à travailler dans ce domaine, c’est qu’il pourra y côtoyer des filles jeunes et jolies (beaucoup plus que chez CGI, mettons). Le désavantage: les projets ne sont guère stimulants. Prise dans l’étau des budgets marketing trimestriels, une agence arrive rarement à convaincre son client d’investir dans un projet web à long terme. Alors on fait des “micro-sites”, des bannières, des “email blasts” et des concours “viraux” (Invite tes amis à participer et augmente tes chances de gagner!).

Les belles filles, c’est le fun, mais on en vient assez vite à chercher un sens à son travail. Il faut trouver sa motivation ailleurs que dans les produits finis. Il y en a qui décident de se concentrer sur l’amélioration de leur métier, d’autres qui mènent des projets parallèles plus stimulants et il y a aussi ceux qui s’en foutent, tout simplement. Moi j’aimais bien jouer le cynique:

  • “La pub, on n’a jamais prouvé que ça marchait.”
  • “Vous surestimez tous l’importance et l’impact de votre travail.”
  • “Mettons qu’on livre ça une journée en retard, est-ce que des enfants vont mourir de faim?”

Avec cette attitude et mes réputés problèmes de sommeil (soit je rentre à 11h00, soit je dors sur/sous mon bureau dans l’après-midi), j’avais intérêt à être bon dans mon boulot si je voulais continuer à me rincer l’oeil durant les jours de semaine.

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La rumination est souvent associée à la dépression. Dans mon cas, la rumination prend la forme de constructions mentales élaborées qui expliquent, justifient et, à la limite, encouragent mon état dépressif. La plupart du temps, je me perds dans des planifications inutiles pour des tâches simples. Par exemple, avant de manger, je devrais aller à l’épicerie. Avant d’aller à l’épicerie, je devrais m’habiller. Avant de m’habiller, je devrais prendre une douche. Avant de prendre une douche, je devrais sortir du lit. Je peux me répéter cet enchaînement des centaines de fois avant d’entreprendre la première étape.

Ce matin, j’ai ajouté une nouvelle couche à cette rumination classique. J’étais dans mon lit, éveillé. Comme toujours, mon chat dormait collé sur moi, au dessus des couvertures. Comme mon plancher est très sale, je ne me promène pas nu-pieds. Mon chat était couché du côté où sont déposées mes pantoufles. Je me suis dit: “Je vais être obligé de le déranger pour me lever du bon côté du lit. Aussi bien attendre qu’il se couche de l’autre côté de lui-même.”

J’ai pas attendu longtemps avant de me rendormir, oui.

Comment être productif, leçon 2

Mercredi soir. Le recyclage passe demain matin. Tu jettes un oeil vers ton bac: il n’est pas vraiment plein. Tu vis seul, alors il ne se remplit jamais complètement en une semaine. Ça te tente plus trop de sortir dehors à cette heure-là, tu allais bientôt te coucher. Ça ira à la semaine prochaine.

La semaine suivante, le bac déborde un peu. Ça fait quand même quinze jours que tu lances tes pots, boîtes et bouteilles dedans sans trop te soucier d’utiliser l’espace efficacement.  Tu vis seul, y a de la place en masse dans ton bac, que tu te dis. Tu sors de chez toi, tu t’en vas prendre une bière avec des amis. Tu remarques les bacs sur le trottoir. “Shit, faudrait que je sorte le mien.” Tu considères pendant une seconde remonter chercher le tien tout de suite. Ce serait fait. En même temps, tes amis t’attendent, tu es déjà en retard. “Je le sortirai en revenant.” Évidemment, tu reviens un peu éméché, tu ne penses au recyclage que lorsque tu vas à la salle de bain te brosser les dents avant de te coucher. Tu te dis que si tu réussis à te lever tôt, tu le sortiras demain matin. Au pire, ça ira à la semaine prochaine.

La semaine prochaine, il commence à y avoir plus de détritus qui débordent du bac qu’il y en a l’intérieur. Ça repose sur une base pas très solide non plus, vu qu’au début tu faisais juste garrocher tout ça là-dedans sans y prêter attention. Chaque fois que tu passes à côté, tu te dis: “Faudrait vraiment pas que j’oublie, cette semaine.” Jeudi matin, tu sors de chez toi acheter ton muffin quotidien. Tu remarques les bacs virés à l’envers sur le trottoir. Fuck. Ça aura pas le choix d’aller à la semaine prochaine.

Il y a de plus en plus de stock autour du bac. En fait, on ne le distingue presque plus. C’est d’abord un tas de détritus, avec un objet vert en dessous. Tu commences à trouver ça laid. On est juste lundi, mais ça t’écoeure suffisamment pour que tu t’en occupes. Tu vides le bac par terre et tu réorganises tout ça: boîtes et bouteilles bien écrasées, conserves bien imbriquées, le tout bien cordé dans le bac. Réussite! Ça t’a pris pas loin d’une heure, mais ça ressemble de nouveau à un bac. Ça déborde encore pas mal, mais tout tient. Reste seulement à ne pas l’oublier mercredi soir ou jeudi matin. Justement, tu te réveilles jeudi au son du camion de récupération sur ta rue. Il est tôt, vraiment trop tôt pour toi. Tu entends le camion se rapprocher. Tu es au chaud sous ta couette, ton chat ronronne, collé sur toi. Tu “calcules” que tu n’aurais pas le temps de te lever, t’habiller et sortir avant que le camion ne passe. Tu te rendors. Ça ira à la semaine prochaine.

Malgré ton beau ménage de la semaine suivante, les déchets ont recommencé à se répandre jusque par terre. Si tu essaies de sortir le bac dans ces conditions, tu vas en répandre partout sur ton chemin. Tu es paresseux, mais tu tiens à tes bonnes relations avec tes voisins. Donc tu sors un sac de plastique et tu y ranges tout ce qui déborde. Comme tu es un aussi un peu compulsif, tu décides qu’il n’y aura que du verre et du plastique dans le sac. Pas de papier. Tu enlèves donc quelques bouteilles de ton bac bien rangé pour les transférer dans le sac et faire de la place pour le nouveau carton. Résultat de l’opération: un bac et un sac bien remplis, sans débordement. Tu n’es pas peu fier. Et comme on est mercredi soir, tu sors tout ça à la rue. Tu regardes les autres bacs: mal cordés, débordants, pleins de trucs pas recyclables. Tu te demandes si les recycleurs admirent secrètement ton bac.

Tu te dis aussi que ça serait moins compliqué si tu le sortais plus régulièrement. Ça ira à la semaine prochaine.

Tu t’installes à ton ordinateur. Tu démarres tes logiciels de travail. Comme tu as besoin d’information pour travailler, ton fureteur fait partie de ceux-ci. Avant de commencer, tu fais un petit tour sur Facebook, question de voir ce que font tes amis qui n’en sont pas vraiment. Pas grand chose de nouveau dans le News Feed, tu vas voir le Live Feed. Ça donne un bon entraînement à la scrollwheel de ta souris. Tiens, une amie d’amie a une nouvelle photo de profil: tu lui donnes un Like et un petit commentaire coquin. Elle va peut-être laisser son chum bientôt, tu veux signaler ta présence. Y a aussi ta ferme dans Farmville qui a besoin d’un peu d’entretien.

Bon. Ça va faire le niaisage, tu te mets au travail.

Mais avant de commencer, tu démarres le download de la saison 2 de In Treatment, en te disant que ce sera ta récompense quand tu auras fini. Mais comme ça rentre assez vite, tu te permets de prendre un petit break et de regarder le premier épisode quand son téléchargement se termine. (Tu as pris soin d’accorder la priorité aux premiers épisodes dans ton logiciel BitTorrent.) Puis tant qu’à en regarder un, pourquoi pas un autre?

Beaucoup plus tard, tu te réveilles un peu en sursaut. Tu as chaud, parce que tu t’es endormi habillé sous les couvertures. L’épisode 9 d’In Treatment est en train de jouer sur ton laptop qui tient tant bien que mal sur tes cuisses. Tu as faim, parce que tu n’as pas soupé. Tu regardes ta montre: “Fuck, 4h00 du matin?”. Tu te déshabilles et tu fermes la lumière.

Tu te réveilles le lendemain vers 13h00. Tu as encore plus faim. Peut-être même un peu mal à la tête, comme tu n’as pas soupé la veille. Tu déjeunes rapidement, prends deux Advil LiquiGel et retournes te coucher, le temps que la migraine se calme. Si tu es chanceux, tu te réveilles avant le coucher du soleil, prêt à commencer une nouvelle journée, que tu te promets productive, cette fois-ci.

Je suis en train de lire One World, the Ethics of Globalization du philosophe Peter Singer. C’est intelligent, pertinent, accessible. J’en reparlerai peut-être quand j’aurai terminé. Comme je n’ai pas touché à la philosophie depuis le cégep, je dois faire quelques recherches pour comprendre les concepts que je ne connais pas. Une chose merveilleuse est advenue depuis mon temps d’étudiant: Wikipedia. Voici un résumé de ce que j’ai appris jusqu’à maintenant.

Tout d’abord, l’éthique est une branche de la philosophie qui s’intéresse à la morale: le bien, le mal, la justice. Contrairement à la religion, elle approche ces sujets avec ses outils à elle: la logique, le discours, l’argumentation. Il y a trois courants principaux en éthique: la déontologie, le conséquentialisme et l’éthique de la vertu. Je vais essayer d’illustrer ces trois courants en utilisant une mise en situation impliquant l’idole de ces dames, nul autre que Georges Laraque.

Le 21 novembre dernier, Big Georges s’enlignait pour mettre en échec au centre de la patinoire le défenseur Niklas Kronwall des Red Wings de Detroit. Kronwall, l’ayant vu venir, dévia de sa course pour éviter le matamore du Tricolore. Laraque, voyant que le joueur adverse allait passer à côté de lui sans trop de difficulté, souffrit d’une crampe au cerveau et décida d’étendre sa jambe pour faire trébucher Kronwall. On appelle ça « donner du genou », ça fait très mal et c’est interdit. Voyez par vous-même:

Dans l’extrait suivant, même Don Cherry, grand apôtre du jeu robuste et partisan de longue date du Gros Georges, concède qu’il s’agit d’un coup vicieux:

Le lendemain de l’incident, les Red Wings annonçaient que Kronwall allait rater de 4 à 8 semaines de jeu à cause d’une élongation ligamentaire au genou.

Pas besoin d’un long débat sur la moralité du geste de Laraque. Enfreindre un règlement et poser un geste qui est reconnu pour les risques élevés de blessure qu’il occasionne, c’est mal. Combien mal? Voilà déjà une question plus intéressante, ouverte à l’interprétation et au débat. Georges ayant été convoqué devant le comité de discipline de la ligue pour voir son geste sanctionné, imaginons trois commissaires différents, chacun basant sa décision sur un des courants de l’éthique. Read More

Je reviens du WordCamp NY avec Guillaume. Il est minuit et demie, un dimanche soir. Nous arrivons aux douanes. Il y a un seul guichet ouvert, mais heureusement presque personne. Le douanier, un jeune, commence l’interrogatoire habituel: vous venez d’où, vous êtes partis quand. À la question sur l’objet de notre voyage, Guillaume fait son geek: ”On est allés au WordCamp, une conférence pour des développeurs web sur l’outil WordPress.” Le douanier n’y comprend pas grand chose. Il nous demande ce qu’on fait dans la vie. Là, c’est nous qui ne comprenons pas trop. Presque en choeur, nous répondons: “Ben, on est des développeurs Web.” Il n’aime pas trop ça. Je pense qu’il pense qu’on se moque de lui.

Le douanier: OK. Mais vous travaillez pour qui?
Moi: Je suis à mon compte.
Guillaume: Je travaille pour ma propre compagnie. Ça s’appelle Poste 23.
Le douanier, en pointant vers moi: Alors, c’est quoi, ce que ça dit sur votre chandail?

Je me demande de quoi il parle. Je regarde ce que je porte: une chemise de pompiste avec deux patches: Dick et Male Escort Service. J’y pense même plus quand je la porte. Je lui sors ma réponse classique: “Ah ça, c’est juste un sideline.” Il a l’air moyennement convaincu.

Le douanier: Vous restiez où à New York?
Guillaume: On était à l’hôtel…
Le douanier: Avez-vous un reçu?
Moi: J’ai ma copie de la transaction de carte de crédit.
Le douanier: Parfait. Est-ce que je peux la voir?

Fuck. Il commence à nous soupçonner pour vrai, le petit zélé. Je lui réponds qu’il n’y a pas de problème et je commence à fouiller dans mon sac.

Moi: J’ai mon badge de la conférence ici. Vous voulez le voir?
Le douanier: Oui, s’il-vous-plaît.

Guillaume lui transfère l’objet. Je continue de fouiller.

Le douanier, incrédule: Broche à foin?
Moi: Oui, c’est ma compagnie. (J’ai justement mes cartes d’affaires sous le nez.) Tenez, voici ma carte.
Guillaume (en transférant ma carte au douanier): Attendez, je vais vous donner la mienne, elle fait un peu plus sérieux.
Le douanier: Oui, parce que monsieur Biz, là, c’est un petit comique, lui.

Ça s’arrange pas, notre affaire. En plus, je n’arrive pas à trouver mon reçu.

Moi: Écoutez, je pense que c’est dans un autre sac qui est dans le coffre. Vous voulez que j’aille chercher?
Le douanier: Non, ça va aller. J’imagine que vous vous seriez pas donnés la peine d’inventer tout ça. Vous pouvez passer.
Guillaume: On reprendrait nos passeports, par contre.

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