Les boules – une fan fiction « L’ostie d’chat »

lostiedchat

TL;DR: Un scénario inédit de L’ostie d’chat, écrit par moi en septembre 2011. Downloade-ça ici.

Connaissez-vous L’ostie d’chat? Vous devriez. C’est une bande dessinée fleuve réalisée au fil des années par Iris et Zviane, deux artistes bourrées de talent, et publiée en feuilleton sur le web. L’œuvre est maintenant terminée et elle fait plus de 500 pages, le même nombre que les mythiques Carottes de Patagonie de Lewis Trondheim. Le lien n’est pas que fortuit, puisque, une fois terminé, L’ostie d’chat a été publié en trois tomes chez Delcourt, dans la prestigieuse collection Shampooing dirigée par Trondheim lui-même. Bref, ce chat n’est pas de la petite bière.

Si vous êtes courageux et/ou cheap, il y a deux façons de lire L’ostie d’chat gratuitement sur le web:

  1. En lisant à l’envers sur le blog où il fut publié originalement. (Si vous voulez lire à l’endroit, servez-vous du calendrier.)
  2. En lisant à l’endroit sur l’archive montée par Zviane à cet escient. (Attention à ce que le bouton Back de votre fureteur ne développe une tendinite, toutefois.)

Sinon, achetez-le donc. Vous ne le regretterez pas. (Disponible dans toutes les bonnes librairies.)

Comme je le disais plus haut, L’ostie d’chat a vu le jour sur le web. Les auteures sont encore attachées à ce média, puisqu’elles continuent d’alimenter le blog de Jean-Sébastien et Jasmin (les deux personnages principaux, qui publiaient eux-mêmes les pages du livre) avec des extras, du fan art et des nouvelles, comme elles l’ont fait tout au long de la publication originale. À cette époque, Zviane et Iris célébraient chaque centaine de pages publiées en invitant un-e special guest à réaliser une courte histoire reprenant l’univers de L’ostie d’chat.

Alors que le Tome 1 sortait en librairie, les auteures nous ont invités, Luc et moi-même, en tant que special guests. Notre BD serait publiée pour fêter la 500e page, juste avant le dénouement final. Quel honneur elles nous faisaient! Si vous suiviez le blog à cette époque, vous avez déjà lu ceci en introduction au special guest de Sophie Bédard:

On a demandé à quelqu’un y a dix milliards d’années, qui a finalement choké pour diverses raisons – il nous assure qu’il va un jour livrer la marchandise, mais on a préféré demander à quelqu’un d’autre.

Ceux qui me connaissent savent que je suis un chokeux de première catégorie. J’y suis tellement habitué que je me sens maintenant à peine coupable quand ça m’arrive. Mais ce chokage-là, il m’a vraiment fait de la peine.

J’ai bel et bien écrit un scénario. Sauf que j’ai pris du temps à le faire et qu’il était très long. 18 pages et demie de scénario, ça équivaut à une quarantaine de pages une fois dessinées. Il y avait une échéance fixe: Iris et Zviane devaient mettre en ligne la conclusion du feuilleton à temps pour la sortie en librairie et notre histoire devait être publiée avant la conclusion, évidemment.

Ça ne laissait que quelques jours à Luc pour dessiner 40 pages, ce qui constitue déjà un travail titanesque, avant même qu’on tienne compte de son état de santé et de son horaire chargé d’éditeur. Quelques pages dessinées existent dans les dossiers de Luc. On a discuté d’en faire un projet collectif, i.e. d’avoir des special guests dans le special guest, mais le temps passait, l’intérêt diminuait et c’est mort au feuilleton (ha!).


La semaine dernière, Zviane et Iris lançaient le fanzine L’ostie d’chat – Les bonus, un petit livre publié à compte d’auteures qui collige tout ce qu’elles ont continué à créer après la fin de l’histoire. Ça m’a rappelé mon scénario. Je l’ai relu. Pis je l’aime encore. Et je trouve ça dommage qu’il dorme sur le disque dur de mon ordinateur. Alors le voici:

Les boules – Un épisode de L’ostie d’chat

Je le publie sous Create Commons BY-NC-SA 3.0. Ça veut dire que si ça vous tente de le dessiner, vous avez d’avance ma permission, tant que vous mettez mon nom quelque part (je vous encourage à mettre ceux d’Iris et Zviane aussi) et que vous ne faites pas d’argent avec ça.

Si vous ne savez pas dessiner, vous pouvez quand même lire le scénario, évidemment! Ça vous donnera une idée de ce que je fournis comme matériel source à Luc pour la série Yves. J’ai bien dit "série". Le deuxième tome s’en vient.

Un carré rouge qui aime le Grand Prix

Lire et pleurer

Voici des témoignages que j’ai lus sur Facebook et ailleurs depuis hier:

Le Grand Prix

Depuis que j’ai 6 ans, depuis Gilles Villeneuve, j’aime la Formule 1. Le sport lui-même. Pas la rue Crescent, pas Bernie Ecclestone. Je peux vous parler pendant des heures des règlements qui m’énervent, discuter avec passion de l’éternelle question du meilleur pilote de tous les temps, tenter vainement d’expliquer pourquoi Lewis Hamilton m’a toujours énervé.

J’ai souvent assisté au Grand Prix en personne. Ça coûte cher, mais c’est un peu une tradition familiale, qui date du temps où un oncle qui travaillait chez Labatt, alors commanditaire du Grand Prix, pouvait nous obtenir des bons billets pas trop chers. Ces privilèges ont disparu il y a longtemps, le prix des billets grimpe plus vite que celui de l’immobilier, mais, à l’occasion, un des hommes de la famille décide de plonger dans ses économies et d’inviter les deux autres. Ou l’inverse (deux en invitent un).

Le carré rouge

Je suis aussi un défenseur de la cause étudiante. Je ne suis pas d’accord avec tous les moyens de pression utilisés, mais dans l’ensemble, la position de la CLASSE me semble claire et louable. Je crois à la gratuité scolaire totale, pas seulement la gratuité scolaire "effective" que le gouvernement essaie de nous vendre. Le financement par tarif et frais plutôt que par l’impôt est un des glissements les plus tendancieux que les Libéraux ont effectué depuis leur accession au pouvoir et je pense qu’il est grand temps de s’y opposer activement.

Dans ce conflit, je suis continuellement en train de me cacher la tête dans les mains. Il y a des choses consternantes qui se disent et qui se font, des deux côtés du carré. J’ai souvent envie d’écrire à ce sujet, parce que c’est ce que je sais faire, mais je doute que ce serait très utile. Je trouve surtout que le gouvernement abuse de ses pouvoir et je n’ai toujours pas digéré la loi 78.

Un carré rouge qui aime le Grand Prix

Cette année, le Grand Prix, mon Grand Prix, est devenu un champ de bataille entre manifestants et forces policières. Fouilles aléatoires, détentions préventives, escortes policières, affrontements au centre-ville, quel gâchis. Selon les témoignages que je cite en début d’article, il est raisonnable de croire que si j’avais pris le métro avec mon billet pour la course et mon carré rouge à mon chandail, on ne m’aurait pas laissé me rendre à destination.

C’est là qu’on est rendus. Exprimer une opinion politique, de la façon la plus bénigne possible, peut restreindre notre liberté de mouvement. J’ai pas voté pour ça. Je voterai jamais pour ça. En attendant la prochaine élection, je suis en colère. Et triste.

Code 601

J’habite à un coin de rue du Marché Laurier. Une petite épicerie. Ou un gros dépanneur, c’est selon. Ils ont une cuisine, dans laquelle ils préparent des petits plats, des muffins et des viennoiseries. J’y vais presque à chaque jour, ne serait-ce que pour profiter de leur spécial muffin et café à 1,99$, taxes incluses.

Un muffin dans un sac de papier brun, un café dans un verre en carton, y a pas de code barre là-dessus. La caissière doit plutôt entrer le code numérique du spécial. À coup de nouvelles caissières et de caissières ayant des blancs de mémoire, j’ai fini par apprendre le code du spécial moi-même: 601.

Tantôt, la caissière, une nouvelle, entre le code du muffin seulement (605, celui-là aussi je l’ai appris). Ça s’enligne pour me coûter 30 cents de trop quand elle va entrer le code du café. J’interviens.

- Le muffin allait avec le café.
- Ah oui, c’est vrai, le spécial.

Elle se tourne pour fouiller dans sa liste de codes.

- C’est 601.
- Quoi?
- Le code, c’est 601.

Elle vérifie quand même.

- T’as déjà travaillé ici ou t’es juste bizarre?

All My Friends

Je n’ai pas d’auto, je ne conduis pas souvent. Quand je le fais, c’est sur l’autoroute, hors de la ville. Le plaisir est plus grand avec de la musique.

Je rentrais chez moi, c’était le début de la nuit. Quand il fait clair, j’écoute du rock. Quand il fait noir, de l’électronique. J’ai branché mon iPod Touch dans la prise AUX, fouillé un peu, trouvé We Are Rockstars, pesé Play, puis Genius.

Y avait pas de trop de trafic. Genius (merci Steve!) faisait la job: le beat était gros, gras et sale. Après le dernier punch d’un truc vraiment dansant, un piano timide, mal accordé, pas sur le rythme, se fait entendre:

Je soupire à voix haute. C’est comme si après avoir vu Usain Bolt gagner un 100m, je regardais un enfant qui tient à peine debout et qui essaie d’avancer mais qui tombe. C’est triste et attendrissant.

Je soupire aussi parce que je reconnais très bien cette chanson: All My Friends, par LCD Soundsystem. C’est un crescendo de presque 8 minutes. Ça commence avec cette petite mélodie fragile, puis les pistes s’ajoutent, les instruments se placent un par un, et à la toute fin, quand James Murphy pousse "Where are your friends tonight? Where are your friends tonight?", tout est parfait. Même le piano désaccordé du début.

Et comme si ce n’était pas assez, toute la tension accumulée durant le crescendo est relâchée dans la note finale, jouée à l’unisson. Ce point d’orgue me fait toujours verser une larme. C’est pareil aujourd’hui, alors que la 15 rejoint la 117 à St-Jérôme.

Un dimanche matin

Chez Claudette (detail)Dimanche matin, 8h00. Je sors acheter un café et un muffin au marché Laurier.

Il y a une proportion impressionnante de motos dans la rue.

Déjà des gens qui déjeunent à La petite marche. Une seule table, des filles. Vu de l’autre côté de la rue, y en a une qui a l’air pas mal. C’est peut-être juste la jupe rouge.

Je croise le waiter de chez Claudette (me rappelle jamais de son nom) qui termine son shift de nuit. On se salue.

Au marché, les muffins sont encore chauds et les thermos à café, pleins. Ça me fait tout drôle. Sylvain, le gars des fruits et légumes, est en train de faire la rotation. Je suis heureux de voir qu’il en retire un peu aussi. Une des filles des cuisines (la blonde: Lysanne?) s’approche de Sylvain, elle transporte un immense cul-de-poule:

- Sylvain! Qu’est-ce tu fais là?
- Lysanne! Qu’est-ce tu fais là?

Ils se racontent la même histoire: je pourrai pas travailler tel jour de semaine, j’ai fait un switch avec un autre. La blonde remplit son cul-de-poule de légumes. Elle clenche. Les deux continuent de se taquiner:

- Si j’avais un magasin, je t’engagerais, je pense.
- Moi aussi si j’avais un magasin, je t’engagerais. T’es divertissant, Sylvain. Parfois…

Finalement, je prends une viennoiserie choco-noisettes au lieu d’un muffin. La caissière (la pas fine) est surprise quand elle regarde dans mon sac. J’imite son geste, dans une tentative de rapprochement: "Surprise, je prends pas le spécial!" Elle répond: "Non, c’est parce que c’est pas le spécial comme d’habitude." Tentative ratée.

Je reviens par l’autre côté de St-Denis. Y a effectivement juste une tablée de bruncheurs. Est-ce qu’on peut les appeler comme ça si tôt? La fille à la jupe rouge a des belles jambes, mais j’arrive de dos. Il va falloir que je me retourne pour voir son visage. Pourquoi je tiens toujours à voir le visage? Pourquoi ne pas me satisfaire de ce qui m’est offert? En plus, il y a un gars, que j’avais pas vu à mon premier passage. Il me fait face, donc il va me voir me retourner. Et je suis rendu à leur hauteur et damn ils sont vraiment jeunes. Des ados. Je me retourne pas.

Sur St-Joseph, je croise Simon, le cook de Chez Claudette. J’imagine qu’il termine son shift de nuit lui aussi. On se salue.

Devant chez moi, une fille boit son café sur le balcon du rez-de-chaussée. La porte est ouverte, y a des cônes piqués au petit chantier pas loin devant chez nous, pour demander aux gens de ne pas se stationner là, parce qu’il y aura déménagement.

Je traverse, la salue et engage la conversation. Ils étaient locataires, mais ils ont acheté, d’où le déménagement. J’étais convaincu qu’il n’y avait que des condos de l’autre côté de la rue. Elle me confirme qu’à part cet immeuble, j’ai raison. C’est tout l’inverse de mon côté de rue, où il n’y a que des loyers, sauf dans un immeuble transformé en condos. C’est le même Italien qui est proprio de tout le côté de la rue ou presque. On se dit qu’il ferait un gros tas d’argent s’il vendait. Son logement est pas encore loué, elle peut me donner les coordonnées de la proprio si ça m’intéresse. Ça m’intéresse pas, mais je m’informe. Un grand 5 1/2. Elle ne veut pas me dire le loyer qu’elle payait, mais elle s’attend à ce que la proprio augmente à 1400$. Le monde sont malades.

Je lui souhaite bon courage pour son déménagement et je monte chez moi, où mon chat m’accueille en héros.

Quatre leçons de vie par le pelletage

Shoveling SnowL’hiver, il neige. Surtout depuis deux semaines. Quand il neige, il faut pelleter. Ceux qui me connaissent savent que j’aime bien chialer sur mes voisins à ce sujet.

J’habite dans un bloc assez typique, qui comprend un grand logement au rez-de-chaussée et quatre petits aux deux étages supérieurs. Ces quatre logements, dont le mien, partagent un escalier extérieur et le balcon leur donnant accès. Logiquement, la tâche du pelletage serait séparée entre les quatre locataires. Pourtant, après trois hivers, je constate que:

  1. Je suis le seul à posséder une pelle.
  2. Je suis le seul à savoir comment m’en servir.
  3. Je suis le seul qui est dérangé par les notices "SVP assurez-vous que le chemin vers votre boîte à malle est sécuritaire" que le facteur colle sur nos portes de temps en temps.

En d’autres termes, si je ne m’en occupe pas, personne ne va le faire. Peut-être que mes voisins pensent que le proprio prend ça en charge, le déneigement. Ou que je suis payé pour le faire. Lire la suite

La publicité (12 pouces, 5 dollars)

J’ai travaillé deux fois dans des agences de publicité, qui emploient maintenant des programmeurs comme moi dans leurs départements "interactifs". Pour un programmeur, le principal avantage à travailler dans ce domaine, c’est qu’il pourra y côtoyer des filles jeunes et jolies (beaucoup plus que chez CGI, mettons). Le désavantage: les projets ne sont guère stimulants. Prise dans l’étau des budgets marketing trimestriels, une agence arrive rarement à convaincre son client d’investir dans un projet web à long terme. Alors on fait des "micro-sites", des bannières, des "email blasts" et des concours "viraux" (Invite tes amis à participer et augmente tes chances de gagner!).

Les belles filles, c’est le fun, mais on en vient assez vite à chercher un sens à son travail. Il faut trouver sa motivation ailleurs que dans les produits finis. Il y en a qui décident de se concentrer sur l’amélioration de leur métier, d’autres qui mènent des projets parallèles plus stimulants et il y a aussi ceux qui s’en foutent, tout simplement. Moi j’aimais bien jouer le cynique:

  • "La pub, on n’a jamais prouvé que ça marchait."
  • "Vous surestimez tous l’importance et l’impact de votre travail."
  • "Mettons qu’on livre ça une journée en retard, est-ce que des enfants vont mourir de faim?"

Avec cette attitude et mes réputés problèmes de sommeil (soit je rentre à 11h00, soit je dors sur/sous mon bureau dans l’après-midi), j’avais intérêt à être bon dans mon boulot si je voulais continuer à me rincer l’oeil durant les jours de semaine.

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Rumination

La rumination est souvent associée à la dépression. Dans mon cas, la rumination prend la forme de constructions mentales élaborées qui expliquent, justifient et, à la limite, encouragent mon état dépressif. La plupart du temps, je me perds dans des planifications inutiles pour des tâches simples. Par exemple, avant de manger, je devrais aller à l’épicerie. Avant d’aller à l’épicerie, je devrais m’habiller. Avant de m’habiller, je devrais prendre une douche. Avant de prendre une douche, je devrais sortir du lit. Je peux me répéter cet enchaînement des centaines de fois avant d’entreprendre la première étape.

Ce matin, j’ai ajouté une nouvelle couche à cette rumination classique. J’étais dans mon lit, éveillé. Comme toujours, mon chat dormait collé sur moi, au dessus des couvertures. Comme mon plancher est très sale, je ne me promène pas nu-pieds. Mon chat était couché du côté où sont déposées mes pantoufles. Je me suis dit: "Je vais être obligé de le déranger pour me lever du bon côté du lit. Aussi bien attendre qu’il se couche de l’autre côté de lui-même."

J’ai pas attendu longtemps avant de me rendormir, oui.

Le bac de recyclage

Comment être productif, leçon 2

Mercredi soir. Le recyclage passe demain matin. Tu jettes un oeil vers ton bac: il n’est pas vraiment plein. Tu vis seul, alors il ne se remplit jamais complètement en une semaine. Ça te tente plus trop de sortir dehors à cette heure-là, tu allais bientôt te coucher. Ça ira à la semaine prochaine.

La semaine suivante, le bac déborde un peu. Ça fait quand même quinze jours que tu lances tes pots, boîtes et bouteilles dedans sans trop te soucier d’utiliser l’espace efficacement.  Tu vis seul, y a de la place en masse dans ton bac, que tu te dis. Tu sors de chez toi, tu t’en vas prendre une bière avec des amis. Tu remarques les bacs sur le trottoir. "Shit, faudrait que je sorte le mien." Tu considères pendant une seconde remonter chercher le tien tout de suite. Ce serait fait. En même temps, tes amis t’attendent, tu es déjà en retard. "Je le sortirai en revenant." Évidemment, tu reviens un peu éméché, tu ne penses au recyclage que lorsque tu vas à la salle de bain te brosser les dents avant de te coucher. Tu te dis que si tu réussis à te lever tôt, tu le sortiras demain matin. Au pire, ça ira à la semaine prochaine.

La semaine prochaine, il commence à y avoir plus de détritus qui débordent du bac qu’il y en a l’intérieur. Ça repose sur une base pas très solide non plus, vu qu’au début tu faisais juste garrocher tout ça là-dedans sans y prêter attention. Chaque fois que tu passes à côté, tu te dis: "Faudrait vraiment pas que j’oublie, cette semaine." Jeudi matin, tu sors de chez toi acheter ton muffin quotidien. Tu remarques les bacs virés à l’envers sur le trottoir. Fuck. Ça aura pas le choix d’aller à la semaine prochaine.

Il y a de plus en plus de stock autour du bac. En fait, on ne le distingue presque plus. C’est d’abord un tas de détritus, avec un objet vert en dessous. Tu commences à trouver ça laid. On est juste lundi, mais ça t’écoeure suffisamment pour que tu t’en occupes. Tu vides le bac par terre et tu réorganises tout ça: boîtes et bouteilles bien écrasées, conserves bien imbriquées, le tout bien cordé dans le bac. Réussite! Ça t’a pris pas loin d’une heure, mais ça ressemble de nouveau à un bac. Ça déborde encore pas mal, mais tout tient. Reste seulement à ne pas l’oublier mercredi soir ou jeudi matin. Justement, tu te réveilles jeudi au son du camion de récupération sur ta rue. Il est tôt, vraiment trop tôt pour toi. Tu entends le camion se rapprocher. Tu es au chaud sous ta couette, ton chat ronronne, collé sur toi. Tu "calcules" que tu n’aurais pas le temps de te lever, t’habiller et sortir avant que le camion ne passe. Tu te rendors. Ça ira à la semaine prochaine.

Malgré ton beau ménage de la semaine suivante, les déchets ont recommencé à se répandre jusque par terre. Si tu essaies de sortir le bac dans ces conditions, tu vas en répandre partout sur ton chemin. Tu es paresseux, mais tu tiens à tes bonnes relations avec tes voisins. Donc tu sors un sac de plastique et tu y ranges tout ce qui déborde. Comme tu es un aussi un peu compulsif, tu décides qu’il n’y aura que du verre et du plastique dans le sac. Pas de papier. Tu enlèves donc quelques bouteilles de ton bac bien rangé pour les transférer dans le sac et faire de la place pour le nouveau carton. Résultat de l’opération: un bac et un sac bien remplis, sans débordement. Tu n’es pas peu fier. Et comme on est mercredi soir, tu sors tout ça à la rue. Tu regardes les autres bacs: mal cordés, débordants, pleins de trucs pas recyclables. Tu te demandes si les recycleurs admirent secrètement ton bac.

Tu te dis aussi que ça serait moins compliqué si tu le sortais plus régulièrement. Ça ira à la semaine prochaine.

Comment être productif, leçon 1

Tu t’installes à ton ordinateur. Tu démarres tes logiciels de travail. Comme tu as besoin d’information pour travailler, ton fureteur fait partie de ceux-ci. Avant de commencer, tu fais un petit tour sur Facebook, question de voir ce que font tes amis qui n’en sont pas vraiment. Pas grand chose de nouveau dans le News Feed, tu vas voir le Live Feed. Ça donne un bon entraînement à la scrollwheel de ta souris. Tiens, une amie d’amie a une nouvelle photo de profil: tu lui donnes un Like et un petit commentaire coquin. Elle va peut-être laisser son chum bientôt, tu veux signaler ta présence. Y a aussi ta ferme dans Farmville qui a besoin d’un peu d’entretien.

Bon. Ça va faire le niaisage, tu te mets au travail.

Mais avant de commencer, tu démarres le download de la saison 2 de In Treatment, en te disant que ce sera ta récompense quand tu auras fini. Mais comme ça rentre assez vite, tu te permets de prendre un petit break et de regarder le premier épisode quand son téléchargement se termine. (Tu as pris soin d’accorder la priorité aux premiers épisodes dans ton logiciel BitTorrent.) Puis tant qu’à en regarder un, pourquoi pas un autre?

Beaucoup plus tard, tu te réveilles un peu en sursaut. Tu as chaud, parce que tu t’es endormi habillé sous les couvertures. L’épisode 9 d’In Treatment est en train de jouer sur ton laptop qui tient tant bien que mal sur tes cuisses. Tu as faim, parce que tu n’as pas soupé. Tu regardes ta montre: "Fuck, 4h00 du matin?". Tu te déshabilles et tu fermes la lumière.

Tu te réveilles le lendemain vers 13h00. Tu as encore plus faim. Peut-être même un peu mal à la tête, comme tu n’as pas soupé la veille. Tu déjeunes rapidement, prends deux Advil LiquiGel et retournes te coucher, le temps que la migraine se calme. Si tu es chanceux, tu te réveilles avant le coucher du soleil, prêt à commencer une nouvelle journée, que tu te promets productive, cette fois-ci.