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Archives annuelles : 2008

J’ai de très légères tendances au trouble obsessionnel compulsif. Tantôt je buvais à l’abreuvoir dans le parc et je comptais dans ma tête les gorgées que je prenais. Je me suis rendu compte que je fais pratiquement toujours ça à un abreuvoir. Gloup un gloup deux gloup trois gloup quatre gloup cinq. Il n’y a pas une règle spécifique que je dois suivre quant au nombre de gorgées, je ne fais que les compter. Les chiffres sont oubliés dès que je me relève la tête.

Quand tu manges au St-Hubert, il te faut maintenant choisir l’ambiance: St-Hub’ ou St-Hubert “traditionnel” (comme la salade de chou, tiens tiens…). Mon ami et moi somme pressés, alors nous choisissons l’ambiance classique, avec les banquettes et les retraités dispersés ça et là. À un certain moment, nous parlons des couples que nous connaissons. Je pose la question:

- Pourquoi les filles s’intéressent tant à des trous de cul?
- Pourquoi les gars s’intéressent tant à des…
- À des salopes?
- …
- Hum… Le sexe. Les salopes, c’est bon pour le sexe.
- …
- Oui. Ça doit être excitant, un trou de cul.
- Répète donc cette phrase-là un peu plus fort pour les gens autour.
- Ça doit être excitant, un… Oh.

Ça se passe hier, au lancement de cuL. C’est au Cégep du Vieux-Montréal dans une salle multi-usages attenante à la cafétéria. Le lancement lui-même est aussi multi-usages. En plus des apprentis bédéistes barbus, de charmants étudiants plein de pep hep hep jouent un acte de théâtre, dansent ou encore lisent des textes de leur cru. Il y a aussi de la bière pas chère, et un petit buffet, mais on n’a pas le droit de sortir du local avec nos verres et nos assiettes, alors on est pris pour se parler à voix basse pour ne pas nuire au spectacle.

Un moment, je m’éloigne de notre conversation et je commence à observer en rêvassant. Je m’arrête à la fille qui joue le rôle de bouncer. C’est elle qui m’a dit que je n’ai pas le droit de sortir avec ma bière. Ça semble être l’essentiel de son travail: se tenir debout dans le cadre de porte, et rappeller aux gens de laisser leur drink en dedans. Crisse de job poche, que je me dis.

Puis je me rends compte qu’en plus d’avoir une job poche, elle est quand même assez cute. Grande, brune, lunettes, piercings, un petit genre rebelle qui transparaît même au travers de l’uniforme d’employé du cégep. Mon genre, quoi. Je devrais aller lui parler, peut-être que c’est pas une étudiante, que je me dis. (Parce que si c’est une étudiante au cégep, malgré tout ce que j’en dis, je vais la trouver un peu jeune.) Comme je suis déjà rendu à ma troisième bière, je le fais.

On parle de sa job poche, puis de ses études (au cégep, damn!), puis de ce que je fais là. Je lui dis que je viens pour mon ami cuL qui a suivi l’atelier de BD de Jimmy Beaulieu. J’explique que cuL, c’est un nom d’artiste: son prénom inversé. Elle dit: “Ah oui, un palindrome.” Et avant que j’aie le temps de la corriger, elle ajoute: “Ah non, un palindrome c’est pas ça, c’est quand c’est le même mot à l’endroit et à l’envers.” J’approuve sa correction et j’offre mon exemple classique de palindrome. Alors elle m’explique que le terme qu’elle cherchait c’était plutôt “anacyclique”. Puis nous cherchons d’autres palindromes, en vain. Enfin je la quitte poliment, parce que bon, je la trouve un peu jeune.

En y repensant aujourd’hui, je me dis trois choses:

  1. Le système d’éducation québécois n’est peut-être pas si pire que ça, finalement.
  2. Aborder une inconnue, ça crée souvent des ces petits moments délicieusement étranges. Je devrais le faire plus souvent.
  3. Une fille qui m’apprend un nouveau mot, peu importe son âge, mérite une petite place dans le vaste univers de mon désir.

Bon. Il faut pas se laisser abattre dans la vie. Alors je l’ai fait quand même, avec un jour de retard:


C’est offert en toute humilité. (En fait, je suis mort de honte.) J’ai laissé toutes mes fausses notes. Et vous allez vite comprendre que je ne suis pas un chanteur.

Je la dédie à toutes les filles que j’ai aimées… avant.

Il est passé minuit. Je suis encore au bureau.

J’ai un dernier truc à finir, et ça fait un bon six heures que j’avance par courtes bribes entrecoupées de beaucoup de perte de temps: un peu de Facebook, pas mal de hockey sur table, un post qui me rend un peu triste, suivi d’une écoute à répétition de Here de Pavement, la toune officielle des peines d’amour. Des larmes pendant quelques minutes. Aussi, une longue conversation par écrit avec une amie, à propos des moves que je devrais faire ou pas dans mes lamentables histoires de coeur (qu’il faut dire vite: c’r).

Puis on raccroche, et j’ai besoin d’une autre distraction, alors je vais chercher ma guitare, et je commence à gratter. (Le bureau sert aussi de studio maison.) Les accords de « Girl » des Beatles, qu’on joue souvent. Mon chanteur n’est pas là, alors je chante moi-même, comme je le peux. Et comme toujours quand je joue cette toune, je pense à elle.

Alors je décide de l’enregistrer, avec moi à la voix, aussi mauvais que ça puisse l’être. Si c’est pas trop pire, je lui donnerai en cadeau. Je me lève pour aller plugger le studio (ça aussi, faut le dire vite: un Mac, un micro, une petite console), sans arrêter de gratter. Et ping! Une corde pète.

Ça surprend toujours. Et ça coupe un élan créatif, parce que c’est long, remplacer des cordes de guitare. Et le plus souvent, je ne dispose même pas de cordes de rechange.

Mais là, c’est encore pire. Je reste immobile un bon cinq minutes. Woah, dit mon Keanu intérieur. C’est un signe, c’est certain. Mais quel signe? Qu’il est l’heure d’aller me coucher, ou que je dois oublier cette fille?

En deuxième année, nous étions les meilleurs amis du monde. Nous étions toujours ensemble, à jouer, à nous lancer des défis, à nous taquiner. Je ne me rappelle pas vraiment du détail de nos activités d’enfants, mais j’ai un souvenir diffus de complicité, de bonheur, de plénitude.

L’année suivante, j’ai réalisé que j’étais amoureux d’elle. Elle était grande, elle était belle, elle était brillante, elle était forte. (Et, oui, elle était brune.) Elle battait presque tous les gars dans les sports. C’était la fille idéale. Tous les gars trippaient déjà sur elle. À partir de la troisième année, moi aussi.

Ma vie est tout de suite devenue un enfer. D’abord, j’ai arrêté de lui parler. Une coupure nette. Ensuite, je me suis mis à entretenir des délires obsessionnels sur ses sentiments à elle: “M’aime-t-elle ou non?” Puis, j’ai commencé à me remettre en question: “Suis-je assez beau pour elle? Suis-je assez bon pour elle? Suis-je assez fort pour elle?” (J’étais un chicot. Je le suis toujours.) Enfin, je me suis mis à jalouser férocement tous les autres gars qui daignaient lui adresser la parole.

Au travers de cet enfer, un oasis: chaque année, je l’invitais à mon anniversaire, un événement où les convives étaient triés sur le volet. En général, j’invitais trois personnes. Chaque année, elle acceptait et me faisait l’honneur de sa présence pour un repas et une soirée de jeux. Et l’espace d’une soirée, nous étions de nouveau les meilleurs amis du monde.

En autant que je me rappelle, ces fêtes furent nos seuls contacts pendant quatre ans. Le reste du temps, je n’osais pas lui parler, parce que je n’avais qu’une chose à lui dire (“Je t’aime. M’aimes-tu?”) et que j’étais terrorisé par la réponse.

Puis, vers la fin de l’école primaire, lors d’une partie de ballon-chasseur, un miracle s’est produit. Nous jouions avec repêchage, c’est-à-dire que quand un joueur d’une équipe en tuait un de l’autre équipe, il avait aussi le droit de sauver un de ses coéquipiers éliminés. Ce coéquipier quittait alors la vache pour revenir sur le terrain. Inutile de dire que personne ne me repêchait jamais.

Éliminé de la partie depuis longtemps, je rêvasse à la vache quand quelqu’un me tire par le bras et me fait signe de retourner sur le terrain. J’ai été repêché. Je suis complètement incrédule. Moi? C’est une blague? Et comme je ne bouge pas, elle me fait signe de m’en venir sur le terrain avec elle. C’est elle qui vient de me repêcher, contre toute logique sportive. Je crois que mes genoux ont ramolli, puis que je lui ai souri niaisement. Je lui ai peut-être même dit merci, mais je ne suis pas certain.

Elle venait de répondre par un oui éclatant à la question que je me posais depuis tant d’années, et je n’ai pas su quoi faire. J’aurais dû l’embrasser sur le champ. Nous aurions dû vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants. Je pense que j’ai plutôt continuer à l’ignorer. Je n’ai aucun souvenir de la fin de l’année scolaire la concernant.

Puis les vacances sont arrivées, et après les vacances, l’école secondaire. Nous n’allions pas à la même. Je ne l’ai jamais revue.

C’était il y a plus de vingt-cinq ans. J’ai l’impression d’avoir si peu changé. Mon anniversaire s’en vient.

Yael Naim, chanteuse franco-israélienne, interprète avec beaucoup d’émotion le tube pop de Britney Spears au piano:

Ça rappelle à la fois Travis qui reprend “Hit me baby one more time” et Tori Amos qui s’attaque à “Smells Like Teen Spirit”. L’aboutissement de ce type de reprises appartient à Ben Folds, et son cover du hit “Bitches ain’t shit” du rapper Dr Dre, qui met en lumière la richesse des paroles de l’originale.

Merci à Emmanuelle pour le cue sur Yael Naim.

Je suis un drôle de fan de sport. Je peux m’intéresser à presque tous les sports, mais toujours d’un point de vue un peu décalé.

C’est pourquoi j’adore le Sportnographe, ce journal satyrique couvrant l’actualité du Canadien. C’est ma seule source d’information concernant le hockey. J’apprends donc les nouvelles en lisant d’abord la parodie. Ça me plaît.

En bon média sportif, le Sportnographe a développé ses propres clichés. Par exemple, ses chroniqueurs omettent toujours l’article avant le mot “Canadien” et ajoutent toujours un article masculin singulier devant les nom de villes des autres équipes. Ça donne de phrases comme: “Canadien affrontera le Boston en première ronde du détail.” Comme vous le voyez dans mon titre, c’est un tic qui s’attrape vite.

En fin de semaine, je lisais le Journal de Montréal en déjeunant, et je tombe sur un article expliquant comment Detroit “a éliminé le Colorado”. C’est la façon correcte de l’écrire, et pourtant j’ai tout de suite pensé que le Journal adoptait enfin le ton du Sportno. Ça m’a empli de joie, ce qui a aidé les petites saucisses à passer.

Je n’ai pas de télé chez moi, alors l’Internet est ma seule option pour regarder du sport. J’avais regardé quelques parties sur le site de la CBC, qui diffuse en direct et gratuitement, mais la qualité de l’image laissait à désirer. Disons qu’il fallait deviner où se situe la rondelle.

Samedi soir, je me suis commandé le match fatidique sur la Zone de MatCH RDS. La qualité de l’image était beaucoup plus satisfaisante. Je pouvais regarder en plein écran (RDS avait même une page d’aide m’expliquant comment y arriver avec Flip4Mac) et distinguer assez clairement la rondelle. En plus, RDS a l’amabilité d’enlever les publicités quand on paye 3 dollars. Apprécié. Le principal problème, c’est que la diffusion ne se fait pas complètement live. Il y a toujours un tampon pour la compression et le téléchargement. Je pouvais donc savoir qu’un but du Canadien s’en venait dans la minute suivante quand j’entendais mes voisins crier. À part de ça, les seuls problèmes sont les problèmes habituels de la couverture du hockey:

  • Surabondance de statistiques inutiles: avant le début de la partie, un commentateur nous a rappelé que dans leur histoire, les Flyers n’avaient jamais remporté 4 matchs consécutifs après avoir perdu le premier contre le Canadien. D’abord, on parle probablement d’un échantillon de 4 ou 5 séries. Ensuite, aucun des joueurs qui allait bientôt sauter sur la glace n’avait participé à aucune de ces séries. Bref, une statistique d’aucune utilité pour prédire l’issue du match.
  • Commentateurs maniaco-dépressifs: quand le Canadien menait 3-1, Pierre et Yvon s’extasiaient devant chacun de leurs mouvements. Après les trois buts sans riposte de Philadelphie, chaque fois qu’un joueur du Canadien passait dans le beurre, Pierre s’exclamait “Et là ENCORE une passe molle!”, comme s’ils ne faisaient que ça depuis le début de la partie.

Mais le pire de la couverture du hockey à Montréal ce sont les oeillères que portent les journalistes par rapport à ce qui passe ailleurs. En ce moment, le consensus semble être que Canadien a connu une bien belle saison, au dessus de toutes les attentes, en remportant l’association puis une ronde contre les faibles Bruins, alors qu’ils n’avaient même pas fait le détail l’année dernière. C’est vrai que c’est un beau progrès, mais aucun journaliste ne signale que les Flyers avaient terminé derniers de l’association la saison dernière et qu’ils sont maintenant rendus plus loin que nos Glorieux dans les séries. Ça aurait donc été possible d’améliorer l’équipe et ses résultats encore plus. Mais personne n’écrira ça à Montréal. C’est à peine s’il y en a un (le bon!) qui ose écrire que Carey Price est peut-être plus le nouveau José Théodore que le nouveau Patrick Roy.

Le sport nous offre quand même régulièrement de très beaux moments, autant dans la victoire que dans la défaite. Samedi dernier, après les poignées de main traditionnelles, les joueurs du Canadien ont salué la foule qui était restée sur place pour les remercier d’une belle saison. C’est un geste fréquent au soccer, que j’aime particulièrement. J’ai versé une petite larme. Et je leur ai dit merci, moi aussi.

Ça manque souvent de protéines, ce qui fait que tu as faim une couple d’heures plus tard et que ça devient insupportable un peu avant l’heure du souper. Par contre, c’est plutôt bon.

Mais ce qu’il y a de mieux Aux Vivres, c’est que c’est un repère de jolies filles. D’ailleurs, la prochaine fois, je m’assois dos au mur.

Ce sont des Canadiens qui font de l’électro sans ordinateur, séquenceurs ou autres bidules qui jouent de la musique à la place des musiciens. Et c’est de la bonne musique. J’aime en particulier la track “Lovely Allen”.

Lovely indeed. Merci Francis pour le cue.

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