L’hiver

L’autre jour, on se demandait si Luc était un tit man ou un ass man. J’essaie depuis ce temps de statuer sur mon cas. Je viens de comprendre que je ne suis un ni l’autre. Je suis un leg man. Ce qui attire d’abord mon regard, c’est une jambe longue et fine. Ça explique pourquoi, contrairement à bien du monde, j’aime beaucoup regarder les filles en hiver. Avec leurs gros manteaux, on dirait qu’elles ont toutes des jambes comme je les aime.

La mort des cafés

Île sans filIl est 18h00. Le café est plein. Un couple et leur jeune enfant s’installent à côté de moi. Je me concentre sur l’écran de mon laptop, j’essaie de continuer de travailler, mais la petite fille ne l’entend pas ainsi. Plusieurs fois, elle vient se planter à côté de moi, puis se tient immobile. Je peux presque sentir sa respiration. Plus je l’ignore, plus elle revient. Elle commence à essayer de me parler. Je ne bronche pas. Ses parents rigolent bien. Je décide de changer de café.

L’ambiance est toute autre. C’est presque vide. Trois messieurs âgés attablés à l’avant. C’est tranquille. J’ai un peu l’air de déranger le tenancier, par contre. Il est occupé à ranger et frotter derrière son comptoir. Il s’arrête et se tourne vers moi:

- Oui?
- Un allongé, s’il-vous-plaît.
- Avec du lait?
- Non, pas de lait, merci.
- Pour emporter?
- Non, pour ici. Tiens, je vais même m’asseoir au bar.

Il prépare mon allongé, j’ajoute un brownie à ma commande. Je m’attends à ce qu’il me jase ça un peu (me suis pas installé au bar pour rien), mais pas pantoute. Il a dû faire ses classes au Olympico, où il faut être un habitué de plusieurs années pour avoir droit à un sourire. Mais on s’en fout un peu parce que le café est bon. Le sien est pas mal.

Je sors mon ordinateur pour recommencer à travailler. Il y a pas loin d’une quinzaine de réseaux sans fil dans le coin, mais aucun n’est ouvert ou ne porte un nom se rapprochant de celui du café. Je referme mon laptop et le laisse devant moi sur le comptoir. Mon barrista est encore très occupé à bouger des trucs et passer le chiffon. J’ose pas le déranger avec mon désir de WiFi. Je le regarde aller et je me dis qu’il va se tourner vers moi à moment donné. Je lui demanderai à ce moment-là. Mais il ne se tourne pas. Quand il le fait, il m’ignore.

Un brownie et un allongé, ça passe vite. J’ai presque fini. Il quitte le comptoir pour essuyer les tables. Il passe à côté de moi, je le regarde avec des yeux suppliants. Ça fonctionne!

- Tout va bien?
- Oui, c’est très bon.

Il continue de marcher vers les tables, je vais le perdre.

- Je me demandais s’il y avait un réseau sans-fil que j’aurais le droit d’utiliser.
- Non, y a pas d’Internet ici. Le WiFi, c’est la mort des cafés.
- …
- Les cafés où il y a du WiFi, le monde pense que ça marche parce que c’est plein, mais c’est rempli d’étudiants qui font leur devoirs. Ils prennent un espresso pis huit verres d’eau, restent 6 heures pis après ça ils laissent 2 piasses de tip.
- On dirait que tu décris le café d’où j’arrive. C’était plein, bruyant, je suis parti.
- Si tu savais le nombre de jeunes qui rentrent ici avec leur pack sack pis qui me demandent si j’ai du WiFi. Je les envoie toutes là-bas.
- …
- J’en ai eu au début, du WiFi. Les tables étaient pleines d’ordinateur, le monde se parlait plus. C’est pas le genre d’ambiance que je veux ici.

Tout en parlant, il replace des chaises, astique des tables.

- Je veux que les gens viennent relaxer, décompresser.

Il replonge dans son mutisme et ses tâches ménagères. Les dernières clientes règlent. Je termine mon brownie et je quitte. Il reste seul dans son café.

Les boules – une fan fiction « L’ostie d’chat »

lostiedchat

TL;DR: Un scénario inédit de L’ostie d’chat, écrit par moi en septembre 2011. Downloade-ça ici.

Connaissez-vous L’ostie d’chat? Vous devriez. C’est une bande dessinée fleuve réalisée au fil des années par Iris et Zviane, deux artistes bourrées de talent, et publiée en feuilleton sur le web. L’œuvre est maintenant terminée et elle fait plus de 500 pages, le même nombre que les mythiques Carottes de Patagonie de Lewis Trondheim. Le lien n’est pas que fortuit, puisque, une fois terminé, L’ostie d’chat a été publié en trois tomes chez Delcourt, dans la prestigieuse collection Shampooing dirigée par Trondheim lui-même. Bref, ce chat n’est pas de la petite bière.

Si vous êtes courageux et/ou cheap, il y a deux façons de lire L’ostie d’chat gratuitement sur le web:

  1. En lisant à l’envers sur le blog où il fut publié originalement. (Si vous voulez lire à l’endroit, servez-vous du calendrier.)
  2. En lisant à l’endroit sur l’archive montée par Zviane à cet escient. (Attention à ce que le bouton Back de votre fureteur ne développe une tendinite, toutefois.)

Sinon, achetez-le donc. Vous ne le regretterez pas. (Disponible dans toutes les bonnes librairies.)

Comme je le disais plus haut, L’ostie d’chat a vu le jour sur le web. Les auteures sont encore attachées à ce média, puisqu’elles continuent d’alimenter le blog de Jean-Sébastien et Jasmin (les deux personnages principaux, qui publiaient eux-mêmes les pages du livre) avec des extras, du fan art et des nouvelles, comme elles l’ont fait tout au long de la publication originale. À cette époque, Zviane et Iris célébraient chaque centaine de pages publiées en invitant un-e special guest à réaliser une courte histoire reprenant l’univers de L’ostie d’chat.

Alors que le Tome 1 sortait en librairie, les auteures nous ont invités, Luc et moi-même, en tant que special guests. Notre BD serait publiée pour fêter la 500e page, juste avant le dénouement final. Quel honneur elles nous faisaient! Si vous suiviez le blog à cette époque, vous avez déjà lu ceci en introduction au special guest de Sophie Bédard:

On a demandé à quelqu’un y a dix milliards d’années, qui a finalement choké pour diverses raisons – il nous assure qu’il va un jour livrer la marchandise, mais on a préféré demander à quelqu’un d’autre.

Ceux qui me connaissent savent que je suis un chokeux de première catégorie. J’y suis tellement habitué que je me sens maintenant à peine coupable quand ça m’arrive. Mais ce chokage-là, il m’a vraiment fait de la peine.

J’ai bel et bien écrit un scénario. Sauf que j’ai pris du temps à le faire et qu’il était très long. 18 pages et demie de scénario, ça équivaut à une quarantaine de pages une fois dessinées. Il y avait une échéance fixe: Iris et Zviane devaient mettre en ligne la conclusion du feuilleton à temps pour la sortie en librairie et notre histoire devait être publiée avant la conclusion, évidemment.

Ça ne laissait que quelques jours à Luc pour dessiner 40 pages, ce qui constitue déjà un travail titanesque, avant même qu’on tienne compte de son état de santé et de son horaire chargé d’éditeur. Quelques pages dessinées existent dans les dossiers de Luc. On a discuté d’en faire un projet collectif, i.e. d’avoir des special guests dans le special guest, mais le temps passait, l’intérêt diminuait et c’est mort au feuilleton (ha!).


La semaine dernière, Zviane et Iris lançaient le fanzine L’ostie d’chat – Les bonus, un petit livre publié à compte d’auteures qui collige tout ce qu’elles ont continué à créer après la fin de l’histoire. Ça m’a rappelé mon scénario. Je l’ai relu. Pis je l’aime encore. Et je trouve ça dommage qu’il dorme sur le disque dur de mon ordinateur. Alors le voici:

Les boules – Un épisode de L’ostie d’chat

Je le publie sous Create Commons BY-NC-SA 3.0. Ça veut dire que si ça vous tente de le dessiner, vous avez d’avance ma permission, tant que vous mettez mon nom quelque part (je vous encourage à mettre ceux d’Iris et Zviane aussi) et que vous ne faites pas d’argent avec ça.

Si vous ne savez pas dessiner, vous pouvez quand même lire le scénario, évidemment! Ça vous donnera une idée de ce que je fournis comme matériel source à Luc pour la série Yves. J’ai bien dit "série". Le deuxième tome s’en vient.

Un carré rouge qui aime le Grand Prix

Lire et pleurer

Voici des témoignages que j’ai lus sur Facebook et ailleurs depuis hier:

Le Grand Prix

Depuis que j’ai 6 ans, depuis Gilles Villeneuve, j’aime la Formule 1. Le sport lui-même. Pas la rue Crescent, pas Bernie Ecclestone. Je peux vous parler pendant des heures des règlements qui m’énervent, discuter avec passion de l’éternelle question du meilleur pilote de tous les temps, tenter vainement d’expliquer pourquoi Lewis Hamilton m’a toujours énervé.

J’ai souvent assisté au Grand Prix en personne. Ça coûte cher, mais c’est un peu une tradition familiale, qui date du temps où un oncle qui travaillait chez Labatt, alors commanditaire du Grand Prix, pouvait nous obtenir des bons billets pas trop chers. Ces privilèges ont disparu il y a longtemps, le prix des billets grimpe plus vite que celui de l’immobilier, mais, à l’occasion, un des hommes de la famille décide de plonger dans ses économies et d’inviter les deux autres. Ou l’inverse (deux en invitent un).

Le carré rouge

Je suis aussi un défenseur de la cause étudiante. Je ne suis pas d’accord avec tous les moyens de pression utilisés, mais dans l’ensemble, la position de la CLASSE me semble claire et louable. Je crois à la gratuité scolaire totale, pas seulement la gratuité scolaire "effective" que le gouvernement essaie de nous vendre. Le financement par tarif et frais plutôt que par l’impôt est un des glissements les plus tendancieux que les Libéraux ont effectué depuis leur accession au pouvoir et je pense qu’il est grand temps de s’y opposer activement.

Dans ce conflit, je suis continuellement en train de me cacher la tête dans les mains. Il y a des choses consternantes qui se disent et qui se font, des deux côtés du carré. J’ai souvent envie d’écrire à ce sujet, parce que c’est ce que je sais faire, mais je doute que ce serait très utile. Je trouve surtout que le gouvernement abuse de ses pouvoir et je n’ai toujours pas digéré la loi 78.

Un carré rouge qui aime le Grand Prix

Cette année, le Grand Prix, mon Grand Prix, est devenu un champ de bataille entre manifestants et forces policières. Fouilles aléatoires, détentions préventives, escortes policières, affrontements au centre-ville, quel gâchis. Selon les témoignages que je cite en début d’article, il est raisonnable de croire que si j’avais pris le métro avec mon billet pour la course et mon carré rouge à mon chandail, on ne m’aurait pas laissé me rendre à destination.

C’est là qu’on est rendus. Exprimer une opinion politique, de la façon la plus bénigne possible, peut restreindre notre liberté de mouvement. J’ai pas voté pour ça. Je voterai jamais pour ça. En attendant la prochaine élection, je suis en colère. Et triste.

Code 601

J’habite à un coin de rue du Marché Laurier. Une petite épicerie. Ou un gros dépanneur, c’est selon. Ils ont une cuisine, dans laquelle ils préparent des petits plats, des muffins et des viennoiseries. J’y vais presque à chaque jour, ne serait-ce que pour profiter de leur spécial muffin et café à 1,99$, taxes incluses.

Un muffin dans un sac de papier brun, un café dans un verre en carton, y a pas de code barre là-dessus. La caissière doit plutôt entrer le code numérique du spécial. À coup de nouvelles caissières et de caissières ayant des blancs de mémoire, j’ai fini par apprendre le code du spécial moi-même: 601.

Tantôt, la caissière, une nouvelle, entre le code du muffin seulement (605, celui-là aussi je l’ai appris). Ça s’enligne pour me coûter 30 cents de trop quand elle va entrer le code du café. J’interviens.

- Le muffin allait avec le café.
- Ah oui, c’est vrai, le spécial.

Elle se tourne pour fouiller dans sa liste de codes.

- C’est 601.
- Quoi?
- Le code, c’est 601.

Elle vérifie quand même.

- T’as déjà travaillé ici ou t’es juste bizarre?