Montée de lait

Je vous ai déjà parlé de Frédéric Guindon quand il a lancé l’édition 2007 du Grand recueil de la bonne musique. Je suis aussi un fan de son blog, qui m’accroche régulièrement un sourire au visage.

Dernièrement, l’homme visitait l’Europe, et son blog a servi de carnet de voyage. Dans un de ces articles, Guindon raconte qu’il voulait louer une voiture en Italie et qu’il a passé proche de payer Hertz quasiment le double de ce que lui demandait National pour une auto équivalente. S’ensuit:

MÉGA-GIGA-TERRA FUCK HERTZ ! GANG DE CROSSEURS DE COCHONS MORTS ! VERMINES SANS ISSUES ! HABITANTS DE TROIS-RIVIÈRES ! JOUEURS DE HUITIÈME TRIO ! RESTANT DE MARDE SUR LE BORD DE LA CUVETTE QUE JE SUIS OBLIGÉ DE FROTTER AVEC UNE BROSSE QUAND J’AI LA DIARRHÉE ! MANGEURS DE GÉSIERS ! COLOCATAIRES DE CHARLES LAFORTUNE ! MOUSSES DE RAIE ! FOURREURS DE TROUS D’ASPIRATEUR CENTRAL !

Meilleure montée de lait que j’ai lue depuis longtemps, qui justifie amplement l’utilisation du ALL CAPS. J’hésite entre “restant de marde” et “colocataire de Charles Lafortune” comme insulte favorite.

Voilà l’été

Je ne suis pas du genre à me rappeler des dates importantes tout seul. En fait, c’est que je sais rarement quel jour du mois on est. Tantôt j’étais sur mon balcon en train de rénover mon Muxtape et je trouvais qu’il faisait clair vraiment tard. Je me suis dit que c’était parce qu’on approchait du solstice d’été. Puis j’ai regardé la date et je me suis rendu compte qu’on ne s’en approchait plus et que c’était en fait aujourd’hui. Alors même si c’est seulement un concours de circonstances, je vais prétendre que mon nouveau Muxtape a été pensé comme une célébration de l’arrivée de la belle saison:

C’est un mix à tendance électronique avec un seul but: vous faire danser. C’est probablement mieux si vous en avez déjà envie quand vous le partez, parce que ça démarre pas mal sur les chapeaux de roues et le piton reste collé pour un bout. Pas trop de build up ici: à vous de vous réchauffer avec 2 ou 3 de vos party favorites.

The Flight of the Conchords

The Flight of the Conchords, c’est un duo de musiciens humoristiques de la Nouvelle-Zélande. Ils se sont surtout fait connaître grâce à une série télé diffusée sur HBO l’année dernière.

La série raconte les déboires du groupe alors qu’il tente de percer à New York. Les personnages sont tous un peu des lovable losers, les intrigues sont délicieusement ténues, les accents sont à couper au couteau et deux ou trois fois par épisode, en plein milieu de l’action, Bret et Jemaine commencent à chanter, puis la musique démarre et on se retrouve dans un mini-clip ayant rapport avec le thème de l’épisode, comme par exemple ce Business Time qui est presque une adaptation chantée d’un de mes textes. C’est un humour décalé auquel il est difficile de rendre justice par écrit.

Je me permets de regarder un épisode par semaine (un seul, je veux faire durer le plaisir!) et à chaque fois il y a au moins un moment où je ris à gorge déployée et je me tape les cuisses, tout seul dans mon salon. J’aime quand on sait me faire rire ainsi.

Dans le dernier épisode que j’ai vu, le duo est pris au milieu d’une race war avec l’Indien qui tient l’étal de fruits et légumes au bas de leur immeuble et qui refuse de leur vendre des fruits, parce qu’il “don’t want any trouble with your kind”. Vers le milieu de l’épisode, après 2 ou 3 altercations, Bret décide de confronter le marchand:

-I’m not going anywhere ’till I get a Red Delicious and a banana.

Le marchand s’empare de son épluche-fruits, et la suite est ici:

Je ne sais pas si c’est possible d’apprécier un extrait comme ça hors contexte, mais il y a beaucoup de choses qui viennent me rejoindre et me faire rire là-dedans. D’abord, j’aime la chanson grivoise. J’aime quand on parle de cul, ou quand on ose placer des gros mots. Par contre, quand c’est mur à mur et sans esprit, comme trop souvent dans la musique hip hop, ça m’ennuie. Manifestement, ça ennuie aussi The Flight of the Conchords.

J’adore comment ils émulent les suspensions pneumatiques des chars de pimps sur leurs vieux vélos. J’aime comment ils transforment juste un peu les mots pour ne pas se faire beeper. Mais par-dessus tout, je ne peux pas résister au 2e couplet, celui du petit barbu Bret qui “oublie” petit à petit d’utiliser les variantes acceptables et cause un festival de beep. Et la finale de ce festival me fait m’écrouler de rire à chaque fois.

Merci à Catherine de m’avoir fait découvrir ces délicieux kiwis.

Naughty girls need love too

Est-ce qu’une fille peut se permettre de coucher avec un gars dès la première date? La sagesse populaire dit que ce n’est pas une bonne idée, parce que la fille va passer pour une “fille facile” et que le gars va se pousser dès qu’il aura eu son nananne. Cette pauvre femme ne trouvera jamais un homme pour l’aimer vraiment. Mes contre-arguments:

Si c’est ce genre de gars, il va se pousser de toute façon dès qu’il aura épinglé sa cible à son tableau de chasse, que ce soit après une ou trois dates. Autant régler ça le plus tôt possible plutôt que d’essayer de transformer artificiellement une baise d’un soir en idylle, non?

Mais le plus important, c’est qu’en agissant stratégiquement, selon ce qu’elle conçoit plutôt que selon ce qu’elle ressent, la fille qui se refuse ce plaisir s’empêche de démarrer une relation du bon pied. Si tu es une jouisseuse qui aime le sexe, tu as besoin d’être aimée par un gars qui aime ce trait en toi. En le cachant dès le début, tu empêches peut-être le bon gars pour toi de t’aimer et tu encourages peut-être le mauvais à s’amouracher.

Il n’y a pas d’intérêt à cacher sa vraie nature dans une histoire d’amour. Elle sortira au grand jour tôt ou tard, et c’est préférable de s’aimer pour ce qu’on est vraiment que pour ce qu’on pense que l’autre voudrait qu’on soit. En fait, c’est la seule façon d’être heureux en amour.

Octo-Puce

1983. Le micro-ordinateur commence à faire son entrée dans les maisons. Radio-Québec, n’écoutant que son grand coeur et sa mission éducative, diffuse Octo-Puce:

Ce vidéo dure trois heures. Je ne l’ai pas regardé au complet encore, mais je suis déjà tombé sur des perles comme celle-ci:

- M. Viau, est-ce qu’on peut dire que le micro-ordinateur est véritablement le prolongement du cerveau humain?
- Moi je pense que oui.

Compter

J’ai de très légères tendances au trouble obsessionnel compulsif. Tantôt je buvais à l’abreuvoir dans le parc et je comptais dans ma tête les gorgées que je prenais. Je me suis rendu compte que je fais pratiquement toujours ça à un abreuvoir. Gloup un gloup deux gloup trois gloup quatre gloup cinq. Il n’y a pas une règle spécifique que je dois suivre quant au nombre de gorgées, je ne fais que les compter. Les chiffres sont oubliés dès que je me relève la tête.

Un trou de cul

Quand tu manges au St-Hubert, il te faut maintenant choisir l’ambiance: St-Hub’ ou St-Hubert “traditionnel” (comme la salade de chou, tiens tiens…). Mon ami et moi somme pressés, alors nous choisissons l’ambiance classique, avec les banquettes et les retraités dispersés ça et là. À un certain moment, nous parlons des couples que nous connaissons. Je pose la question:

- Pourquoi les filles s’intéressent tant à des trous de cul?
- Pourquoi les gars s’intéressent tant à des…
- À des salopes?
- …
- Hum… Le sexe. Les salopes, c’est bon pour le sexe.
- …
- Oui. Ça doit être excitant, un trou de cul.
- Répète donc cette phrase-là un peu plus fort pour les gens autour.
- Ça doit être excitant, un… Oh.

Anacyclique

Ça se passe hier, au lancement de cuL. C’est au Cégep du Vieux-Montréal dans une salle multi-usages attenante à la cafétéria. Le lancement lui-même est aussi multi-usages. En plus des apprentis bédéistes barbus, de charmants étudiants plein de pep hep hep jouent un acte de théâtre, dansent ou encore lisent des textes de leur cru. Il y a aussi de la bière pas chère, et un petit buffet, mais on n’a pas le droit de sortir du local avec nos verres et nos assiettes, alors on est pris pour se parler à voix basse pour ne pas nuire au spectacle.

Un moment, je m’éloigne de notre conversation et je commence à observer en rêvassant. Je m’arrête à la fille qui joue le rôle de bouncer. C’est elle qui m’a dit que je n’ai pas le droit de sortir avec ma bière. Ça semble être l’essentiel de son travail: se tenir debout dans le cadre de porte, et rappeller aux gens de laisser leur drink en dedans. Crisse de job poche, que je me dis.

Puis je me rends compte qu’en plus d’avoir une job poche, elle est quand même assez cute. Grande, brune, lunettes, piercings, un petit genre rebelle qui transparaît même au travers de l’uniforme d’employé du cégep. Mon genre, quoi. Je devrais aller lui parler, peut-être que c’est pas une étudiante, que je me dis. (Parce que si c’est une étudiante au cégep, malgré tout ce que j’en dis, je vais la trouver un peu jeune.) Comme je suis déjà rendu à ma troisième bière, je le fais.

On parle de sa job poche, puis de ses études (au cégep, damn!), puis de ce que je fais là. Je lui dis que je viens pour mon ami cuL qui a suivi l’atelier de BD de Jimmy Beaulieu. J’explique que cuL, c’est un nom d’artiste: son prénom inversé. Elle dit: “Ah oui, un palindrome.” Et avant que j’aie le temps de la corriger, elle ajoute: “Ah non, un palindrome c’est pas ça, c’est quand c’est le même mot à l’endroit et à l’envers.” J’approuve sa correction et j’offre mon exemple classique de palindrome. Alors elle m’explique que le terme qu’elle cherchait c’était plutôt “anacyclique”. Puis nous cherchons d’autres palindromes, en vain. Enfin je la quitte poliment, parce que bon, je la trouve un peu jeune.

En y repensant aujourd’hui, je me dis trois choses:

  1. Le système d’éducation québécois n’est peut-être pas si pire que ça, finalement.
  2. Aborder une inconnue, ça crée souvent des ces petits moments délicieusement étranges. Je devrais le faire plus souvent.
  3. Une fille qui m’apprend un nouveau mot, peu importe son âge, mérite une petite place dans le vaste univers de mon désir.

Girl

Bon. Il faut pas se laisser abattre dans la vie. Alors je l’ai fait quand même, avec un jour de retard:

C’est offert en toute humilité. (En fait, je suis mort de honte.) J’ai laissé toutes mes fausses notes. Et vous allez vite comprendre que je ne suis pas un chanteur.

Je la dédie à toutes les filles que j’ai aimées… avant.

La corde brisée

Il est passé minuit. Je suis encore au bureau.

J’ai un dernier truc à finir, et ça fait un bon six heures que j’avance par courtes bribes entrecoupées de beaucoup de perte de temps: un peu de Facebook, pas mal de hockey sur table, un post qui me rend un peu triste, suivi d’une écoute à répétition de Here de Pavement, la toune officielle des peines d’amour. Des larmes pendant quelques minutes. Aussi, une longue conversation par écrit avec une amie, à propos des moves que je devrais faire ou pas dans mes lamentables histoires de coeur (qu’il faut dire vite: c’r).

Puis on raccroche, et j’ai besoin d’une autre distraction, alors je vais chercher ma guitare, et je commence à gratter. (Le bureau sert aussi de studio maison.) Les accords de « Girl » des Beatles, qu’on joue souvent. Mon chanteur n’est pas là, alors je chante moi-même, comme je le peux. Et comme toujours quand je joue cette toune, je pense à elle.

Alors je décide de l’enregistrer, avec moi à la voix, aussi mauvais que ça puisse l’être. Si c’est pas trop pire, je lui donnerai en cadeau. Je me lève pour aller plugger le studio (ça aussi, faut le dire vite: un Mac, un micro, une petite console), sans arrêter de gratter. Et ping! Une corde pète.

Ça surprend toujours. Et ça coupe un élan créatif, parce que c’est long, remplacer des cordes de guitare. Et le plus souvent, je ne dispose même pas de cordes de rechange.

Mais là, c’est encore pire. Je reste immobile un bon cinq minutes. Woah, dit mon Keanu intérieur. C’est un signe, c’est certain. Mais quel signe? Qu’il est l’heure d’aller me coucher, ou que je dois oublier cette fille?

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